Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Marcela Martinez, dont la fille a disparu le 4 juin dernier : « Ce n’est pas juste que je doive dormir sans savoir si ma fille dort ou pas. Ce n’est pas juste que je doive manger sans savoir si ma fille mange ou pas. Ce n’est pas juste que je souffre depuis trois mois à me demander où elle est »

Potosi, Bolivie
Potosi, Bolivie © b00nj

En Bolivie, la société civile se mobilise pour faire face à un inquiétant phénomène : celui de l’augmentation du nombre de personnes disparues. Des disparitions liées au trafic d’être humains et aux réseaux de prostitution, et qui touchent principalement les jeunes adolescentes. En juillet dernier, un collectif de familles de disparus, le premier de ce genre dans le pays, est créé pour exiger au gouvernement une véritable politique de lutte contre les réseaux de trafic d’êtres humains.

Une bougie à la main, ils sont environ 300 à défiler dans le centre-ville de La Paz. Le visage grave, les familles de disparus brandissent des pancartes avec la photo et le nom de leur fille, fils, cousin ou nièce, écrit au feutre à côté de la date de la disparition. Sur chaque affiche et dans chaque bouche, le même cri : « rendez nous nos disparus ».

Mère : « Mon fils a disparu le 5 février 2011. Il était parti avec des amis à un barbecue et il n’est jamais revenu. Je veux savoir ce qu’il est arrivé à mon fils. S’il vous plaît, aidez-moi à le retrouver. J’ai des problèmes de santé, je n’en peux plus. »

D’après la police bolivienne, il y a eu 1.300 cas de disparitions depuis 2008, dont 840 non résolus à ce jour, le plus inquiétant étant l’augmentation annuelle du nombre de nouveaux cas. Une hausse vraisemblablement liée à celle de l’insécurité en général.

Maria Ester, dont la nièce de 22 ans a disparu le 27 juillet dernier dans la ville de Santa Cruz, a le sentiment que tous les moyens ne sont pas mis en œuvre pour retrouver les personnes manquantes.

Maria Ester : « Il faut que les procédures policières soient plus rapides. C’est beaucoup trop lent, on met une semaine à obtenir un ordre du juge et encore trois semaines de plus pour obtenir le papier à envoyer aux frontières. D’accord, il n’y a pas de moyens, mais je pense qu’il est au moins possible d’accélérer la paperasserie pour que nous puissions agir le plus vite possible. Chaque minute qui passe est un danger supplémentaire pour nos disparus. »

Mariana a 16 ans et défile avec trois amies de son lycée. Elle raconte avoir dû adapter son quotidien depuis la vague de disparitions.

Mariana : « Nous sommes tous plus inquiets et moins rassurés. Et surtout nous, les filles, nous devons prendre des précautions que nous n’aurions pas voulu prendre avant. Nous ne pouvons plus prendre un taxi la nuit. Nous ne pouvons pas rentrer tard chez nous ou marcher toute seule le soir dans la rue. Nous ne pouvons pas parler avec des inconnus. Nous ne sommes plus libres dans la rue. »

Le Président bolivien Evo Morales a promulgué le 31 juillet dernier une loi contre le trafic d’êtres humains avec, en parallèle, la création d’un comité interministériel de lutte contre ce fléau.

Des mesures jugées insuffisantes par le collectif de familles de disparus, qui a prévu de remettre prochainement au gouvernement toute une liste de demandes concrètes destinées à combattre efficacement et rapidement les réseaux criminels de traite des personnes.

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