Un reportage de Philippe Reltien, correspondant permanent de France Inter à Pékin, en Chine

Cheng Hai, avocat de Ni Yulan :"Elle ne pouvait pas tenir debout à son procès. On a dû la coucher sur une civière. On avait des éléments nouveaux à présenter, des preuves à sa décharge… La police aurait dû payer l’hôtel puisque c’est elle qui avait choisi la chambre où elle était forcée de résider »

Immeubles, Pékin, Chine
Immeubles, Pékin, Chine © txikita69

Cheng Hai est l’avocat de Ni Yulan, une ancienne magistrate de 51 ans, infirme, accusée pour la troisième fois de troubles à l’ordre public pour avoir participé, il y a un an, avec d’autres dissidents, au « mouvement du Jasmin ». Depuis 2001, elle et son mari s’interposaient contre les expropriations dans les vieux quartiers de Pékin à l’approche des Jeux Olympiques. Son procès, le 29 décembre dernier, s’était tenu à l’écart des diplomates. Le verdict est tombé hier : Ni Yulan est condamnée à plus de 2 ans de prison ferme. Son avocat va faire appel. Quelles sont les raisons de son procès ?

Ce qu’on lui reprochait, c’était d’avoir déchiré le registre de l’hôtel où elle était assignée à résidence avec son mari. On leur demandait de partir et de payer l’addition, chose qu’elle ne pouvait pas faire, privée de revenus depuis qu’elle avait été radiée du barreau et rendue infirme par les sévices subis en prison. A la fin, on leur avait coupé le courant.

Pour elle, c’était devenu une prison noire, un de ces lieux de détention pour contestataires comme l’a expérimenté aussi l’artiste Ai Weiwei.

Dans la bousculade qui suit le procès expédié du 29 décembre, on verra son avocat trainé sur des dizaines de mètres par des policiers en civils devant le tribunal, pour le soustraire aux questions de la presse.

On sait maintenant que le procès était de pure forme : aucun respect de la limite des 3 mois entre la fin de l’audience et la sentence. On a voulu faire d’elle un bouc-émissaire, dira sa fille, Dong Xuan.

Dong Xuan : « Je pense que ma mère sera déclarée coupable. Cela fait si longtemps qu’elle est en prison. En plus, il y avait tellement de policiers dans la salle que ça ne donnait pas l’impression d’un procès comme les autres. C’est pourquoi je suis quasiment certaine qu’on va la condamner »

La condamnation est annoncée hier en dix minutes. Ni Yulan est arrivée en chaise roulante avant de retourner en prison : 2 ans fermes et 6 mois supplémentaires pour avoir offert ses services d’ancienne avocate à ceux qui voulaient se protéger derrière la loi pour sauver leur maison de la démolition. Elle avait été condamnée, en 2002, à un an de prison pour « obstruction d’affaires officielles » quand elle s’était interposée avec une caméra face aux démolisseurs, puis à 2 ans, en 2008, pour avoir tenté de protéger sa propre maison.

C’est lors de sa première détention qu’elle aurait eu les rotules et les pieds cassés. On l’aurait ensuite forcée à quitter sa chaise roulante pour ramper dans sa cellule. Les sévices subis ont été rapportés à son procès par sa fille, admise à témoigner.

Dong Xuan : « J’ai vu ma mère couchée sur une civière à son procès. Pendant l’audience j’ai témoigné en détail sur la dégradation de son état de santé depuis son premier séjour en prison. Et ensuite, je suis retournée dans la salle des témoins sans pouvoir entendre la suite du procès. Ca m’a fait de la peine de la voir dans cet état : amaigrie, avec un masque à oxygène sur le visage »

Dong Xuan estime totalement injuste la condamnation de ses parents et appelle le gouvernement chinois à les libérer. L’Union européenne, « profondément inquiète », a demandé sur le champ leur libération immédiate.

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