Un reportage au Chili de Laurie Fachaux

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Felipe Orellana : « C’est comme si je venais de sortir du lycée. Sauf que j’ai perdu 5 ans de ma vie. Ce que ce que j’ai étudié, personne ne veut le reconnaître. Non pas que mes études ne vaillent rien, c’est juste qu’on ne veut pas les reconnaître ! »

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Nous sommes au Chili, entre Reñaca et Santiago. Felipe Orellana est un étudiant de l’Université de la Mer. Il ne sait pas où il va étudier cette année, comme des milliers d’autres étudiants. L’Etat chilien a déclaré sa faculté en faillite. Les quatre fondateurs de cette l’Université se sont enrichis sur le dos de ses 10 000 étudiants. Ce scandale symbolise les dysfonctionnements du système éducatif hérité de la dictature : l’éducation au Chili est la plus chère du monde, estime l’OCDE. Aujourd’hui, les étudiants appellent à manifester. Contre le profit dans les universités.

Felipe Orellana occupe l'université et dort sur ce matelas dans son ancienne salle de cours
Felipe Orellana occupe l'université et dort sur ce matelas dans son ancienne salle de cours © Radio France / Laurie Fachaux

Des pyramides de chaises, de tables devant les portes. Des matelas à même le sol en lieu et place des pupitres dans les salles de cours. Nous sommes à Reñaca, au siège de l’Université de la mer, à 100 km de Santiago.

Ici, la rentrée a été repoussée à lundi prochain, faute de prof, et d’argent dans les caisses : 4 000 fonctionnaires licenciés, entre 5 000 et 10 000 étudiants qui ne savent pas comment obtenir leur diplôme. Car, face à la fermeture imminente de l’établissement, l’Etat a mis en place un système de reclassement des étudiants.

Sans grand succès, comme en témoigne Felipe, censé entrer en 5e année de médecine.

Felipe Orellana : « J’ai postulé partout. Mais le « non » a été catégorique. Et dans la plupart des cas, je n’ai même pas obtenu de réponse. Il y a comme une stigmatisation : les autres universités ne veulent pas nous accueillir. Moi, aujourd’hui, je suis à la rue. Mes 5 années d’études ne valent rien. On est complètement abandonné. »

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Au ministère de l’éducation, le chef de l’enseignement supérieur nous reçoit, après de multiples coups de fil. Juan José Ugarte nous détaille les deux scénarios offerts aux étudiants.

Juan José Ugarte : « Premièrement, le reclassement : il concerne 10% des étudiants. Pour les 90 % qui restent, l’idée est qu’une autre université vienne donner les cours, autrement dit : les étudiants restent inscrits à l’université de la mer, mais sous la tutelle d’une autre faculté de médecine homologuée. / Nous avons toujours su que ce processus serait complexe, pour tout le monde. Mais nous avons pleinement confiance que dans les 4 prochains mois, nous donnerons satisfaction aux étudiants dont le sort n’a pas encore été réglé. »

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Rien de très concret pour le moment. Ce semestre, Felipe n’étudiera nulle part. Il espère toutefois faire partie des 35 étudiants de médecine de Reñaca à être reclassés par le ministère d’ici le mois de juillet. C’est la 1ere fois, au Chili, qu’une université ferme, sans solution pour ses élèves. Université par ailleurs homologuée grâce à des pots de vin. Patricio Basso est le 1er à l’avoir dénoncé. Il est l’ancien secrétaire de la CNA, la Commission chargée des accréditations.

Patricio Basso : « L’ancien président de l’enseignement Reno Dias, il a reçu de l’argent, 60 millions de pessos chiliens de la part du recteur de l’université de la mer pour obtenir la qualification de l’université à l’enseignement. »

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Face au scandale de l’enrichissement des universités privées, Le ministre de l’éducation Harald Beyer a été suspendu de ses fonctions jeudi dernier, après le vote d’une accusation constitutionnelle par les députés de l’opposition, de gauche.

Si le Sénat vote à son tour le texte, Harald Beyer deviendrait alors le 2e ministre de l’éducation destitué de ses fonctions.

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