Un reportage de Nicolas Ropert, correspondant de RFI à Kaboul, en Afghanistan

Rachel Erskine : « A l’heure actuelle on estime à plus de 30.000 le nombre de personnes qui habitent dans les camps à Kaboul. Ce sont principalement des déplacés internes, ainsi qu’un grand nombre de personnes anciennement réfugiées qui sont rentrées après plusieurs années d’exil, soit en Iran, soit au Pakistan.»

Camp à Kaboul, Afghanistan
Camp à Kaboul, Afghanistan © Oriane Zerah pour Solidarités Internationales

Rachel Erskinetravaille pour l'ONG française Solidarités International en Afghanistan.

Il y a, selon l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, environ 450.000 déplacés en Afghanista, principalement des Afghans qui ont fui les zones de combats du Sud et de l'Est du pays, pour venir trouver refuge dans la capitale, dans ces camps de fortunes.

Cet hiver, une vingtaine de personnes y a trouvé la mort.

Nous sommes à l'Ouest de Kaboul, dans un quartier où se construisent de luxueuses villas comme l'Afghanistan en a vu pousser depuis 2001. En plein milieu d'un terrain vague enneigé, on distingue des tentes. Pas moins de 130 familles s'entassent ici dans des conditions dramatiques. Najib Nuri est le responsable programme de l'ONG Solidarités International. C'est lui qui a découvert ce camp, il y a 4 mois.

Najib : « Ce sont des gens qui viennent d'arriver. Ils ont juste débarqué en fin d'année. Ils vivent dans des conditions d'hygiène vraiment catastrophique. Ici il n'y a pas de toilettes, pas de salles de bains. Ils sont entourés de déchets. Même leurs tentes sont en très mauvais état. »

La grande majorité des déplacés de ce camps viennent de la province d'Uruzgan située dans le sud du pays. Shawali, un jeune homme de 18 ans, était fermier. Il nous emmène voir son logement : des murs faits de boue, recouverts d'une bâche trouée.

Shawali : « Nous vivons ici parce que là d'où on vient, c'était trop dangereux. Chez nous, c'est la guerre et nous étions au milieu des combats entre les Talibans et les Américains. Nous allons rester ici jusqu'à ce que la situation s'améliore. Mais nous préférons vivre ici dans ces mauvaises conditions que mourir chez nous. »

Khalid Dad est le chef de cette communauté. Le vieil homme enturbanné appelle le gouvernement afghan à l'aide.

Khalid : « Nous vivons dans des conditions très difficiles. Nous avons tout laissé derrière nous. Nous avons des difficultés pour nous nourrir. Certaines ONG nous aident de temps en temps, mais nous savons qu'il y a beaucoup de camps à Kaboul. Nous avons besoin que le gouvernement s'occupe de nous. Il ne peut pas nous laisser dans cet état. »

Depuis plusieurs années et la dégradation de la situation sécuritaire en Afghanistan, le nombre de camps est en forte progression : 55, rien que pour Kaboul, sont recensés.

Rachel Erskine, de l'ONG Solidarités International : « Solidarités International est présent dans les camps depuis 2010. Depuis le début de notre intervention, les camps se sont multipliés. On voit chaque année que la situation sécuritaire provoque un nouvel afflux de personnes vers Kaboul. La plupart des résidents des camps sont des gens qui ont dû fuir leur province d’origine à cause de l’insécurité. On voit aussi des migrations saisonnières qui font qu’il y a des gens qui quittent Kaboul pour aller dans des endroits un peu plus chauds, notamment dans l’est du pays. »

Le problème semble éminemment politique. Officiellement interdits, ces camps sont tolérés provisoirement par les autorités afghanes. Récemment encore, le ministère afghan des réfugiés conseillaient à ces déplacés de rentrer chez eux.

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