Un reportage de Frédéric Ojardias,à Séoul, en Corée du Sud

Monica Macias :

Je connais intimement la Corée du Nord. Les Nord-Coréens m’ont formée. Je suis coréenne ! Et je sais comment ils fonctionnent.

Pyongyang, Corée du Nord
Pyongyang, Corée du Nord © REUTERS/KCNM

Monica Macias est une jeune africaine qui a trouvé refuge, à l’âge de 7 ans, en Corée du Nord et qui a passé toute son enfance dans ce pays considéré comme le plus fermé et le plus répressif de la planète.__ Elle est la fille de l'ancien dictateur de la Guinée Equatoriale, Francisco Macias, exécuté en 1979 à la suite d’un coup d’Etat. Et c'est un autre dictateur, le « Grand Dirigeant » nord-coréen Kim Il-Sung, qui a pris sous sa protection la femme, le fils et les deux filles de Macias.

__

Nous la rencontrons dans un café de Séoul. Monica Macias nous montre des photos de son enfance : elle y apparaît, le visage fermé, seule enfant noire entourée de petites Nord-Coréennes en uniforme. Elle raconte sa scolarité dans la plus prestigieuse école militaire de Pyongyang. Elle avait 7 ans.

Monica Macias :

On nous enseignait des disciplines militaires, comme la stratégie. Ils nous ont aussi appris à manier un fusil, et à le… euh… « boune-hé » en coréen, comment on dit en anglais… A oui ! à le démonter. A la fin de cette école, nous avons passé un mois dehors, à vivre dans un camp, pour participer à des simulations de guerre.

Toute son enfance, Monica Macias est nourrie à la propagande du régime, qui fait de Kim Il-Sung un véritable dieu vivant. Mais à 18 ans, elle s’inscrit dans une université de Pyongyang et se lie d’amitié avec des étudiants étrangers… dont un étudiant syrien.

Monica Macias :

C’est grâce à lui que j’ai commencé à entendre parler de la Corée du Sud et d’autres pays. Un jour, il s’est assis sur le journal officiel du Parti, le « Quotidien des Travailleurs ». A l’époque, le journal publiait toujours en première page une photo de Kim Il-sung. J’ai hurlé : « Tu ne peux pas faire ca ! Lève toi, lève toi ! » J’étais en colère contre lui : il était assis sur la photo du Grand Dirigeant ! Et là, il a commencé à rire et il m’a dit « Ah je comprends. Tu penses comme cela parce que tu as grandi ici. » Et il est parti. J’ai passé toute la nuit à réfléchir… C’est à partir de ce moment que mon point de vue a commencé à changer.

Dans les années 90, alors que la Corée du Nord traverse une terrible famine, Monica Macias part vivre en Espagne, le pays natal de sa mère, où son adaptation à la vie capitaliste est très difficile.

En 2013, elle publie en Corée du Sud son autobiographie et veut œuvrer au rapprochement entre les deux Corées.

Monica Macias:

Le Nord et le Sud ne se connaissent pas vraiment. Ils répètent tout le temps qu’ils veulent la réunification, qu’ils veulent la réunification. Mais ils sont toujours séparés par le fossé de leurs préjugés. Avec mon livre je veux leur montrer que même s’ils ont des systèmes politiques et économiques différents, c’est le même pays. Leur culture, leur façon d’être. Ils sont pareils !

Monica Macias n’est plus retournée dans son pays d’adoption depuis plusieurs années. Mais elle est optimiste : elle assure que la Corée du Nord serait en train de changer et qu’elle devrait lentement s’ouvrir au reste du monde.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.