Tout est centralisé. Ils veulent avoir le contrôle sur tout. Je pense que l’idée c’est ça : priver les gens de leur autonomie. Donc c’est un système tout à fait anti-démocratique.

Nous sommes à Budapest, et vous venez d’entendre Zsuzsa Berkesi qui est professeur de français dans un lycée bilingue français – hongrois.

Le 3 février dernier, elle était au côté de milliers d’enseignants qui ont manifesté dans toute la Hongrie contre la centralisation jugée excessive du système scolaire, depuis les réformes imposées en 2013 par le premier ministre ultra-conservateur Viktor Orban. Les professeurs protestent contre les manuels scolaires médiocres qu’on leur impose, contre les cours de morale et de religion obligatoire pour les élèves…. Les enseignants manifesteront de nouveau, ce samedi. Un reportage de Florence La Bruyère.

Dans la salle des profs du lycée Ferenc Kölcsey, l’ambiance est électrique. Les enseignants font la liste de leurs revendications. Le gouvernement de Viktor Orban a créé un organe administratif, appelé le Klik. (le Centre administratif Klebelsberg, connu sous son acronyme, le Klik). Ce nouveau centre gère tous les établissements scolaires et il est tellement bureaucratique que les professeurs n’en veulent plus. Katalin Törley, responsable du corps enseignant au lycée Kölcsey:

Le Klik, ça ne sert à rien ! C’est un organisme mammouth. C’est très lent, c’est très inefficace… Pour avoir du papier à photocopier, on doit parfois attendre des semaines, des mois.

Katalin Törley. Responsable du corps enseignant au lycée Ferenc Kölcsey de Budapest.

Avant, chaque établissement scolaire gérait son budget comme il voulait. Mais aujourd’hui l’autonomie, c’est fini ! Le proviseur du lycée, Csaba Fazekas, passe un temps fou à quémander de l’argent au Klik :

Le gros problème, c’est le financement. Parce qu’autrefois on avait un budget. Maintenant, c’est fini. On n’a même pas de compte bancaire. On n’a pas un forint pour acheter des stylos. On n’a rien.

Zsuzsa Federmayer est professeur d’histoire. Jusqu’ici, sur la quinzaine de manuels agréés par l’Etat, elle pouvait prendre celui qu’elle voulait. Maintenant c’est le Klik qui impose les livres scolaires et en général il choisit les moins bons. Cette centralisation extrême donne à Zsuzsa un sentiment de déjà vu :

Ca me permet de revivre la période des années 1970 ! (rire)

-Florence : donc, l’époque communiste.

  • « Mais oui !

    Zsuzsa Federmayer, professeur d’histoire.

manifestation enseignants hongrie
manifestation enseignants hongrie © Radio France / Florence La Bruyère

Cette semaine, le gouvernement a fait un pas. Il va donner une carte bancaire aux lycées. Ils pourront s’en servir pour acheter les petites fournitures. Certains professeurs sont satisfaits. D’autres veulent plus de réformes. Ils retourneront manifester samedi prochain.

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