Un reportage de Caroline Vicq, à Buenos Aires, en Argentine

Gustavo Président de la coopérative de l’Ouest de cartoneros : « Le regard des habitants a changé à 100 %. Avant, ils avaient l’habitude de voir des clochards faire les poubelles. Avec la crise en 2001, des milliers de personnes ont fait ça. Maintenant c’est devenu normal, c’est typique de Buenos Aires »

Cartoneros
Cartoneros © dandeluca

Depuis la crise économique de 2001, la ville de Buenos Aires, en Argentine, s’est étendue. Avec 15 millions d’habitants, ce sont près de 6.000 tonnes de déchets qui sont jetés chaque jour rien que dans la capitale. Des déchets qui sont pour la plupart enterrés, car le tri sélectif n’existe pas. Sur ces 6.000 tonnes, 300 sont recyclées par les « cartoneros », ces Argentins qui cherchent dans les poubelles du carton, du plastique, du papier, pour le revendre et se faire un peu d’argent.

Fanny : « Là, je dois avoir à peu près 2 kilos de carton, 2 kilos de revues et 6kg de bouteilles. Là j’ai à peine 4 euros »

Il est 20h, et il fait encore 32 degrés. Fanny, 50 ans, décrit son charriot qu’elle a tiré tout l’après-midi sur l’asphalte, au milieu des pots d’échappement. 9 kilos ça lui fera 20 pesos, 4 euros. Aujourd’hui, elle n’a pas beaucoup travaillé à cause de la chaleur mais les bons jours elle peut collecter jusqu’à 150 kilos de déchets qu’elle transporte sur parfois 10 kilomètres.

Fanny fait partie d’une coopérative. Ce qui lui donne le droit de recevoir 900 pesos par mois de la mairie de Buenos Aires mais selon certains critères.

Fanny : « On nous interdit de boire de l’alcool, de nous droguer, de venir avec des mineurs. On doit travailler au moins 3 jours par semaine. On a des cartes de travail, notre mutuelle, une clinique. On utilise tout ça »

En tout, il y a 6.000 cartoneros dans la capitale. 4.000 sont totalement autonomes et 2.000, comme Fanny, font partie d’une organisation que la Mairie soutient. Il en existe 6.

Gustavo est le président de la coopérative de l’Ouest et Comme toute organisation, ils ont des revendications.

Gustavo Président de la coopérative de l’Ouest de cartoneros : « Chacun vend à un intermédiaire qui vend à un autre intermédiaire. Au bout du compte, celui qui est le moins payé c’est le cartonero. On pense créer un centre de tri dans la capitale, regrouper toutes nos marchandises et vendre tout, directement. En plus, ça nous évitera des allers-retours en banlieue. C’est un de nos rêves »

Le dialogue existe bien avec la Mairie. Pourquoi, alors, ne pas embaucher tous ces cartoneros, les seuls à recycler, et qui fournissent une aide précieuse à la Ville ?

Réponse de Javier Corcuera, président le l’Agence de la Protection de l’environnement de Buenos Aires.

Javier Corcuera : «Pour nous, cette structure coopérative est la clef. Nous ne croyons pas à la solution magique, socialiste. Payons-les, ils seront contents, mais ils ne seront plus libres. Et nous ne voulons pas qu'ils deviennent employés. Nous voulons qu'ils soient des associés »

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Faire des cartoneros des entrepreneurs, telle est donc la volonté de la ville de Buenos Aires. Reste aujourd’hui à éduquer les habitants, habitués à un pays aux ressources immenses, mais pas illimitées.

La Ville a essayé la sensibilisation, sans résultat. Elle va donc tenter de toucher au porte-monnaie : une amende pour les mauvais élèves et des produits ou des voyages à prix réduits pour les chouchous.La bonne vieille méthode, peut-être plus efficace, de la carotte et du bâton.

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