Le reportage d' Edouard Marguier, à Vienne, en Autriche

Helmut Schüller: « Nous pensons qu’il y a beaucoup d’hommes mais aussi beaucoup de femmes qui veulent devenir prêtres mais quand ils voient les conditions -pas de famille, pas de conjoint-, ils finissent par abandonner »

Prêtre
Prêtre © C Manuel

Av ec quatre cents de ses collègues, le prêtre catholique autrichien Helmut Schüller, réclame une réforme de l’Eglise qu’il trouve trop stricte et qui explique, selon lui, le manque de prêtres et la fuite des fidèles. Voilà pourquoi ces prêtres autrichiens réclament la fin du célibat des prêtres et l’ordination des femmes.

En 2006, ils ont fondé la « Pfarrer initiative », en français « l’initiative des prêtres », soutenue par les trois quarts des huit millions d’autrichiens.

A quelques kilomètres de Vienne, Schwechat, un village de quatre mille habitants. Gerald Gump est le prêtre de la paroisse et membre de cette initiative. Pour certains de ses collègues, le célibat est devenu une charge trop lourde.

Gerald Gump : « J’en connais qui ont décidé de rompre avec le célibat pour pouvoir vivre avec une femme. Alors que c’était de très bons prêtres. Très proches de leurs fidèles. Des hommes qui n’ont jamais remis leur foi en question. Malgré tout, ils ont dû abandonner pour pouvoir se marier. Tout ça pour une règle qui n’est pas écrite dans la Bible. Ça me désole. »

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Les prêtres autrichiens abordent d’autres sujets brûlants, comme celui de la communion des personnes divorcées puis remariées. Benoît XVI l’a évoqué au début du mois en souhaitant que ces fidèles soient mieux intégrés. En revanche, pas un mot sur la communion. Ici en Autriche, Helmut Shüller, le leader de cette initiative, appelle à la désobéissance.

Helmut Schüller : « Arrêtons d’appliquer certaines règles archaïques. Quand quelqu’un décide de se remarier par exemple. Si on suit les textes, il ne devrait plus pouvoir communier. Et bien nous, on renoue le dialogue avec lui. Nous essayons de savoir si cette personne vit sérieusement ce deuxième engagement. A ce moment-là, nous l’invitons à recevoir l’eucharistie. On fait ce qu’on peut à notre niveau »

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Le Vatican prend l’affaire très au sérieux. Benoit XVI y a fait allusion dans son homélie du jeudi saint au mois d’avril. En revanche, depuis 2006, le Pape refuse de rencontrer les prêtres autrichiens. Le théologien viennois Paul Zulehner use de la métaphore pour expliquer cette position.

Paul Zulehner : « Pour Rome, L’Eglise européenne est malade. Et ça va de mal en pis. Il n’y a plus assez de prêtres, beaucoup arrêtent, les jeunes ne s’y intéressent plus. C’est un patient qui a besoin de traitement. Avec cette initiative, c’est comme si les prêtres proposaient leur propre thérapie. Le Vatican refuse cette vision. Il estime que c’est lui le bon médecin pour soigner ces symptômes. Mais en attendant, il ne propose rien de concret. Cette initiative a une origine culturelle : le catholicisme autrichien repose sur une tradition protestante. Plus libérale. Au fond, Rome pense que ces prêtres autrichiens n’ont aucune chance. »

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Les 400 prêtres ne comptent pas se décourager. Ils veulent aller jusqu’au bout. Ils prétendent avoir des soutiens partout en Europe et dans le monde

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