Un reportage de Solenn Honorine, à Johannesburg, en Afrique du Sud

Donovan Goliath, humoriste sud-africain : « J'adooooore me produire dans les townships. Tu sais, quand les gens sautent de leur chaise, et courent dans la salle en se tenant la tête dans les mains... Il n'y a rien de mieux (rires).C'est génial ».

Impression écran du Comedy Club
Impression écran du Comedy Club © Radio France

L'Afrique du Sud est un pays que l’on connait pour son histoire tragique d'apartheid, sa violence au quotidien, mais que l’on aurait tort de réduire à cela.

Depuis une douzaine d'années, une nouvelle vague d'humoristes, comme Donovan Goliath, émerge dans le pays. Et Johannesburg compte le seul et unique « comedy club » d'Afrique, le Parkers Comedy club, un lieu entièrement dédié à l'humour où l'on peut y voir des comiques 7 jours sur 7, sur le modèle américain.

Le grand blond costaud dont se moque Donovan rit à gorge déployée. Après tout, c'est vrai : comme le veut le cliché, il est Afrikaner, il a une passion évidente pour l'effort physique, il vient de province alors il doit être un peu lent d'esprit, non ?

Donovan : « Moi, je suis métis. Mais bon, je suis un de ces métis-là... Vous savez, ceux qui viennent en édition limitée ? Ceux-là ! Nous on apparaît tous les vingt ans à peu près, juste pour se foutre de la gueule des gens... »

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Car Donovan est bien pâle, mais il est « coloured », comme on appelle ici les descendants des unions entre les premiers colons blancs et leurs esclaves noires. Et ça, c'est un avantage sur une scène comique où les différences raciales et culturelles sont un terreau fertile, explique Joe Parker, le fondateur du Comedy Club de Johannesburg.

Parker : « Un truc qui est génial avec les humoristes dans ce pays, c'est de voir un comique Noir travailler une salle remplie de conservateurs blancs. Le mec assis là, qui pourraient être plutôt sceptique de voir un Noir devant lui sur scène, il commence à vraiment apprécier cela parce que ce qu'il voit, c'est un type exactement comme lui : qui aime rigoler, qui aime boire une bière, et qui parle sa langue. L'humour, c'est un pont extraordinaire entre les communautés ! »

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Au Parker Comedy club, on boit, on mange et on rigole des maux de la société sud-africaine. Car si les relations interraciales sont un terrain miné pour les hommes politiques, les comiques, eux, s'en donnent à cœur joie.

Eureka, 21 ans, est étudiant la journée, humoriste le soir. Il fait partie de cette nouvelle génération sans cesse grandissante de rigolos sud-africains qui se produisent dans des dizaines de salles informelles à travers le pays, et pour qui le Parker Comedy Club est la salle à conquérir. Il est Noir, mais a grandit dans les banlieues chic autrefois réservées exclusivement aux Blancs. Lui aussi, comme Donovan, fait le lien entre les différentes communautés de la nation arc-en-ciel.

Eureka: « Tu sais, j'ai 21 ans, donc j'ai grandi après la fin de l'apartheid. Alors du coup, je suis plutôt plus à l'aise ici, dans cette salle, où on se produit devant un public de Blancs. Pour ce qui est des spectacles dans les townships, avant j'étais super bon, à l'époque où j'écrivais des sketchs pour les Blancs et des sketchs pour les Noirs. Mais maintenant que j'essaie d'écrire pour tout le monde, j'ai quand même un peu plus de mal. »

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Mais Euréka persévère. Son rêve est de sortir, un jour, un DVD de son one-man-show qui ferait rire les Noirs comme les Blancs, les riches comme les pauvres, les étudiants comme les paysans. L'humour comme trait d'union d'une société divisée.

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