Reportage de Frédéric Ojardias, correspondant à Séoul, Corée du Sud

Young Chun :

Il y avait des violences physiques autour de moi, mais je n’en ai jamais été victime. Les violences dont j’ai souffert étaient psychologiques : on se moquait de moi en permanence parce que j’étais incapable de parler coréen.

La Corée du Sud est toujours techniquement en guerre avec la Corée du Nord et elle ne montre aucune tolérance envers ceux qui cherchent à échapper au service militaire obligatoire.

Young Chun , que nous venons d’entendre, peut en témoigner. Cet Américain né aux Etats-Unis de parents coréens a un jour découvert à l’occasion d’un séjour en Corée du Sud qu’il possédait - à son insu - la citoyenneté coréenne… Il s’est alors vu obligé de faire son service militaire pendant deux ans, dans des conditions très difficiles. Il vient de publier son histoire dans un livre.

Notre correspondant à Séoul Frédéric Ojardias l’a rencontré.

Young Chun :

A l’aéroport, au moment de monter dans l’avion, la file avançait très doucement. Je me suis rendu compte que c’était à cause de contrôles. Je n’utilisais pourtant pas mon passeport, j’avais mes papiers d’identité de l’armée américaine… mais ils m’ont quand même identifié. Ils m’ont mis à l’écart jusqu’au décollage de l’avion… et deux jours plus tard, je me suis retrouvé dans une caserne sud-coréenne.

- Saviez-vous parler coréen à ce moment-là ?

Mon coréen était terrible. Je ne savais dire que des phrases simples, comme « comme ça va ? » , ou « bonjour » !

The accidental citizen soldier
The accidental citizen soldier © radio-france

Dans son livre, Young Chun raconte les mauvais traitements dont sont victimes les conscrits, la violence et le sadisme de ses supérieurs. Soldat malgré lui, il s’est même retrouvé... en Afghanistan, où l’armée sud-coréenne s’est battue aux côtés des forces américaines. Et à la fin de son service, une nouvelle surprise l’attendait.

Young Chun :

Le dernier jour, un responsable m’a dit que je devais renoncer à l’une de mes deux nationalités, parce qu’à l’époque la Corée du Sud ne reconnaissait pas la double citoyenneté. C’était plus rationnel d’abandonner ma nationalité coréenne… Je n’ai donc été citoyen sud-coréen que pendant deux ans… et j’ai passé ces deux années à l’armée !__

Cette histoire illustre l’intransigeance de la Corée du Sud en matière de service militaire ; Amnesty International vient d’ailleurs de lancer une campagne contre la criminalisation des objecteurs de consciences.

Nicolas Bequelin, directeur Asie de l’ONG :

Le problème il est simple : c’est que la Corée du Sud emprisonne plus d’objecteurs de consciences que dans le reste du monde combiné. Il y a plusieurs centaine de personnes qui sont dans les geôles coréennes, simplement parce qu’il n’y a pas d’alternative au service militaire.

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Les objecteurs de conscience sud-coréens sont stigmatisés et ostracisés toute leur vie, et il leur est très difficile de décrocher un emploi. Quant à Young Chun , redevenu Américain, il vit toujours à Séoul, où il partage son temps entre l’enseignement et l’écriture.

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