Un reportage de Thibaut Cavaillès,à Djerba, en Tunisie

Intérieur de la Ghriba
Intérieur de la Ghriba © Tab59

La synagogue Ghriba, située en plein cœur de Djerba, en Tunisie serait la plus ancienne d’Afrique du Nord. Hier et avant-hier, les juifs célébraient la fête de Lag Ba'Omer et jusqu'à présent, à cette occasion, des milliers de pèlerins d'Europe ou d'Israël se rendaient dans cette synagogue. Mais avec la chute du régime de Ben Ali et l'arrivée au pouvoir du parti islamiste Ennahda, le pèlerinage est aujourd’hui beaucoup moins suivi et les juifs de Tunisie doivent apprendre à composer avec ce nouveau paysage politique.

__ Les pèlerins ne se sont pas pressés, cette année, à la synagogue de la Ghriba. Ils étaient 350 venus de l'étranger, tout au plus. Il y a deux ans encore, ils étaient environ 6000 se souvient Suzanne Mimoun, venue de France.

Suzanne Mimoun : « D’habitude, personne ne peut rentrer, personne ne peut faire une prière, il y a tellement de monde qu’on ne sait plus quoi faire »

Même un attentat, en 2002, ayant fait 21 morts, n'avait pu avoir raison de la Ghriba. Très vite après le drame, les pèlerins étaient revenus prier et faire des vœux dans cette synagogue du cœur de Djerba. Mais la situation politique tunisienne actuelle semble plus forte que le terrorisme. Mai 2011, au sortir de la révolution, pas de pèlerinage, trop risqué. Octobre, les élections sacrent le parti islamiste Ennahda. Depuis, les musulmans les plus durs, les salafistes, brimés sous Ben Ali, se sont fait entendre se permettant parfois des slogans incitant à la haine des juifs.

Une femme juive : « Partout on est menacé, monsieur »

Les appels aux meurtres de juifs lancés par quelques-uns à Tunis en janvier et mars dernier n'ont pas empêché Colette Mamou de venir de Paris, pas plus que les avertissements d'Israël d'un éventuel attentat.

Colette Mamou : « Personne n’est en sécurité. Je vous parle là alors que je suis à la Ghriba, et je ne ressens que de la sérénité »

Ils étaient encore 100 000 juifs en Tunisie avant l'indépendance en 1956. Aujourd'hui, on en compte plus que 1500, habitant surtout dans le quartier de Hara Kbira, près de la synagogue. Dans les rues des enfants portant kippa, sortant d'une école talmudique : là, pas de crainte évoquée. Une vie harmonieuse assure Mounira, musulmane, qui se fait soigner par un docteur juif.

Mounira : « Simun, c’est le docteur de ma famille. Tu trouves beaucoup de musulmans docteurs, mais je fais confiance à Simun »

Le cabinet du docteur donne directement sur la rue, la porte toujours ouverte, au sens propre du terme.

Simun : « Je ne vois pas de chose inquiétante. C’est vrai, il y a des appels au meurtre, mais on pense que ces déclarations émanent d’un groupe isolé, qui ne représente pas la population tunisienne »

Le 11 avril dernier, le président tunisien Moncef Marzouki est venu commémorer le dixième anniversaire de l'attentat de la synagogue de la Ghriba. Un geste très apprécié : c'est la première fois depuis Bourguiba qu'un président y effectuait une visite officielle.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.