Un reportage de Laurent Geslin, à Ljubljana, en Slovénie

L'internationale chantée au cours des manifestations qui se succèdent depuis le mois de novembre et pour la première fois dans le pays. Une « insurrection citoyenne » spontanée, qui dénonce la politique libérale du gouvernement et la corruption d’une classe politique qui ne cesse ne s’enrichir alors que la population, elle, doit se serrer la ceinture.

Samedi, environ 5.000 Slovènes sont descendus dans la rue pour demander l’organisation d’élections législatives anticipées.

« Le pouvoir au peuple », « Bruxelles sans la dictature du capital » : les manifestants se succèdent au micro, les slogans fusent. Malgré de grosses averses, ils sont des milliers à défiler dans les rues de Ljubljana. Depuis novembre, leur but est le même : protester contre l’austérité, la corruption généralisée des élites slovènes et la politique libérale de l’Union européenne. Ici, aucun parti politique, aucun syndicat. Les rassemblements sont spontanés, et relayés sur les réseaux sociaux.

Andrej : « Je suis venu car il faut soutenir ceux qui ont de bonnes idées, d’abord plus d’écologie, moins de gens qui sont corrompus, des élections anticipées… J’aime bien l’idée qu’il y ait un jour quelqu’un qui changera quelque chose dans ce pays. »

Autrefois considérée comme le « bon élève de l’Europe », la Slovénie a longtemps affiché des taux de croissance positif, tout en conservant un système de protection sociale efficace. Mais la crise économique est venue frapper durement le pays, et le chômage atteint désormais les 12%. Le professeur Rudi Rizman enseigne les sciences politiques à l’université de Ljubljana.

Rudi Rizman : « C’était une manifestation contre toutes les élites politiques. Les politiciens n’ont pas protégé la société slovène, la plupart d’entre eux sont heureux avec le néo-libéralisme : le marché est tout, l’Etat ne doit pas intervenir. »

Accusé de tremper dans de sombres affaires de corruption et lâché par la population comme par ses partenaires de coalition, le Premier ministre Janez Janša a été démis de ces fonctions fin février, tout comme le maire de Maribor, la deuxième ville du pays.

Le journaliste Borut Mekina : « Ces dernières 20 années, nous avons tourné autour des mêmes politiciens : gauche, droite, gauche, droite… Quel que soit le résultat futur de ces manifestations, les gens voient maintenant que quelque chose de nouveau est possible . »

Alenka Bratušek, le nouveau Premier ministre, a promis de revenir sur les politiques d’austérité et de lancer de grands travaux d’infrastructure pour dynamiser l’économie. Nul doute que ces premières mesures seront observées avec attention par la société slovène.

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