Un reportage d’Estelle Maussion, correspondante de RFI en Angola

Licinio Barreira :

Je pense que les relations bilatérales vont continuer et que cet épisode n’était qu’un simple avertissement adressé par le président angolais aux messieurs de Lisbonne. J’espère que ce n’était qu’un avertissement.

Angola et Portugal
Angola et Portugal © 800 miles is a drive

Licinio Barreira est un Portugais restaurateur depuis des années à Luanda, en Angola, et il se désole de voir ses deux patries, d’origine et de cœur, se disputer depuis plus d’un mois. Luanda a d’ailleurs menacé de remettre en cause sa coopération privilégiée avec Lisbonne. A l'origine de ces tensions : des enquêtes de la justice portugaise visant des personnalités du régime angolais, dont des membres de la famille présidentielle. Dans les deux capitales, ce bras de fer diplomatique fait grand bruit alors que les citoyens Portugais et Angolais appellent, eux, à calmer le jeu

José Eduardo dos Santos :

Avec le Portugal, malheureusement, les choses ne vont pas bien. Il y a eu des incompréhensions au niveau des plus hautes instances étatiques et le climat politique actuel n'encourage pas à mettre en œuvre le partenariat stratégique annoncé précédemment.

Cette déclaration du président angolais, José Eduardo dos Santos, a fait l’effet d’une bombe. Prononcée mi-octobre, elle a remis en cause la relation forte et ancienne avec le Portugal. Comment l’expliquer ? Par une autre déclaration politique, celle-ci maladroite. Quelques semaines plus tôt, le ministre des Affaires étrangères du Portugal avait présenté ses excuses à Luanda pour des enquêtes de la justice portugaise sur des personnalités du régime angolais. Des propos qui ont déclenché un tollé à Lisbonne et un malaise à Luanda. Avec cette contre-attaque, le président angolais a voulu faire passer un message, comme l’explique le chef du parti présidentiel au parlement, Virgílio Pereira :

Le Portugal est un pays ami et frère donc nous ne comprenons pas pourquoi certains membres de l’élite portugaise ne cessent de porter des coups à nos relations bilatérales, pourquoi ils adoptent ce comportement paternaliste vis-à-vis de l’Angola, comme si eux seuls devaient lui dicter le chemin à suivre et comme si notre pays n’était pas vraiment indépendant.

Au-delà de la rhétorique, il s’agit pour Luanda de protester contre les multiples enquêtes pour blanchiment d’argent et fraude fiscale ouvertes par Lisbonne contre des très proches du régime, dont le vice-président, Manuel Vicente, et deux filles du président, Isabel et Tchizé. Une position soutenue par un bon nombre des quelque 200 000 Portugais installés en Angola, dont le restaurateur Licinio Barreira :

Quel est le pays qui a le plus investi au Portugal ? L’Angola. La nationalité qui a le plus dépensé en articles de luxe et autres ? Les Angolais. Alors ensuite, on ne peut pas se permettre d’aller demander aux gens d’où vient l’argent avec lequel ils ont fait des courses ou déjeuné à Lisbonne.

Reste que pour d’autres, Portugais et surtout Angolais, la coopération économique entre les deux pays, si vitale soit-elle, ne doit pas se faire à n’importe quel prix. Alcides Sakala, le porte-parole de l’Unita, le principal parti d’opposition angolais :

Au Portugal, c’est le principe de séparation des pouvoirs qui prévaut. Des dirigeants angolais font l’objet de processus judiciaires et nous pensons qu’il faut laisser les juges portugais faire leur travail normalement. On ne peut pas accepter que le Portugal devienne le sanctuaire de l’argent sale de la corruption angolaise.

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La justice portugaise vient toutefois d’annoncer qu’elle abandonnait, faute de preuve, l’enquête pour corruption visant le procureur général de la République angolais. Quant au premier sommet Angola-Portugal prévu pour février 2014, il a été reporté sine die .

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