Un reportage de Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

« Êtes-vous fatigué ? N’y a-t-il personne que vous voulez voir maintenant ? Un ami serait bien. Ou un parent ? Pourquoi ne pas le rencontrer ? Tout de suite? »

Pont à Séoul
Pont à Séoul © Toby Simkin

Ces mots sont inscrits sur les parapets d’un pont de Séoul : ils sont censés décourager les candidats au suicide, de plus en plus nombreux à se jeter dans le fleuve qui traverse la capitale de Corée du Sud.

Le taux de suicide sud-coréen explose : en 10 ans, il est devenu le plus élevé au monde, soit 2,5 fois la moyenne des autres pays industrialisés, une fois et demi celui du Japon.

A Séoul, la municipalité a mis en place des mesures désespérées, comme ce pont anti-suicide.

Le pont de Mapo détient un triste record : c’est de ses balustrades que le plus grand nombre de Séouliens ont choisi de mettre fin à leurs jours. La municipalité a donc fait installer des parapets spéciaux : ils sont munis de capteurs, et s’illuminent quand un candidat au suicide s’approche de trop près. Des mots réconfortants y ont été inscrits, ainsi que des photos de bébés rieurs, censées évoquer des petits bonheurs quotidiens. Plusieurs téléphones reliés à un centre d’appel anti-suicide ont aussi été installés.

Lee Ducky est le responsable de la gestion des ponts de Séoul. Il est convaincu de l’efficacité de ces dispositifs.

Lee Ducky :« Si nous installons des murs suffisamment hauts pour empêcher les suicides, les gens vont juste aller sauter à partir d’un autre endroit. Nous cherchons donc plutôt à les faire changer d’avis, en leur montrant des photos et des textes touchants, qui font appel à leurs émotions. C’est la première fois que nous tentons cette expérience.

Si les résultats sont positifs, alors nous étendrons ces dispositifs à l’ensemble des ponts de Séoul »

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Le budget que le gouvernement sud-coréen consacre à la prévention du suicide est très réduit et c’est la division assurances d’une grande entreprise locale qui a financé la totalité du projet. Ha Serin, étudiante, n’y voit pas d’inconvénient.

Ha Serin :« Les gens qui viennent ici pour sauter doivent être franchement désespérés. Je pense que si un seul des mots affichés sur ce pont parvient à les toucher, alors cela en vaut la peine… »

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Un avis partagé par Park Young-ki, président de l’Association coréenne de prévention du suicide.

Park Young-ki : « La plupart des gens qui passent à l’acte le font parce qu’ils se sentent exclus de la société, ils ont des difficultés de communication et ont l’impression que les autres ne s’intéressent pas à eux. Ces dispositifs sur le pont permettent de leur faire sentir qu’il existe bel et bien des gens qui s’inquiètent pour eux. »

L’augmentation alarmante des suicides en Corée s’explique, entre autres, par un éclatement du modèle familial traditionnel et par une obsession nationale pour la réussite matérielle, qui sont les conséquences du développement économique foudroyant du pays. La pression scolaire, puis professionnelle sur chaque individu est immense.

Pourtant, les dispositifs mis en place par les autorités sont souvent de dernier recours, comme ce pont ou comme les portes anti-suicides, désormais installées dans toutes les stations du métro de la capitale.

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