Un reportage de Solenn Honorine à Soweto, en Afrique du Sud

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Marylin Cooper, co-fondatrice du festival de vin de Soweto : « Il faut amener le vin au peuple. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que les habitants de Soweto viennent dans les banlieues chics pour un festival du vin à l’européenne ! »

Vignes de pinotage
Vignes de pinotage © jamesonf

Marylin Cooper, que l’on vient d’entendre, est la cofondatrice du festival de vin de Soweto, en Afrique du Sud, pays qui est le plus ancien producteur de vin au monde après l’Europe, avec près d’un million de litres par an.

Mais vingt ans après la fin de l’Apartheid, où les Noirs n’avaient pas le droit d’acheter d’autre alcool que de la bière, le vin reste un domaine majoritairement réservé aux Blancs.

Les choses commencent à changer : c’est ce qu’a constaté Solenn Honorine lors du festival de vin de Soweto, qui a eu lieu ce week-end.

Vendeur de vin : « La sauce soja c’est le parfait exemple du goût «oumami». Alors goûtez un peu, trempez juste le doigt… et constatez comment le côté doux du pinotage en accentue l’aspect sucré »

Les élèves, attentifs, savourent ce vin typiquement sud-africain, le pinotage, aux accents de tabac et chocolat. Tous sont jeunes, tous sont Noirs, beaucoup sont branchés ; c’est cette bourgeoisie de Soweto qui représente la nouvelle Afrique du Sud et s’initie doucement à de nouveaux plaisirs.

Une cliente sud-africaine : « On est venues ici pour s’amuser, et le fun a déjà bien commencé ! »

Une autre cliente sud-africaine : « Ben oui, parce que d’habitude on boit toujours le même vin, c’est le seul qu’on connaisse ! Mais maintenant, c’est tout un univers qui s’ouvre à nous, alors on l’explore ! »

Nondo Misopikasha : « Je m’appelle Nondo Misopikasha, je suis la propriétaire de la marque de vin Sesifikilé, ce qui veut dire « on est arrivés ». « On est arrivés », car l’industrie du vin sud-africaine a toujours été dominée par des hommes, surtout des blancs, et les femmes sont restées à la périphérie. »

Juste à côté du stand de Sesifikilé, on trouve M’hudi, une marque dont le nom, en langue tswana, est tout aussi militant : c’était celui de l’héroïne du premier roman écrit par un sud-africain noir, qui fut par ailleurs le premier secrétaire général de l’ANC, le parti de Nelson Mandela.

Propriétaire du vin M’Hudi : « Lorsqu’on a acheté la ferme à Stellenbosch, on ne buvait pas de vin, on ne connaissait rien au vin, on ne connaissait rien à l’agriculture ! On voulait juste contribuer à ces grands changements d’après 1994, lorsque le premier gouvernement élu démocratiquement a dit que les Noirs devaient s’investir dans toutes ces évolutions, pour que l’on puisse participer à la reconstruction et au développement de ce pays. »

Ce fut un succès puisque M’hudi, désormais, s’exporte. Cependant ces deux femmes restent des exceptions : sur les 960 vins présentés au festival, seules 3 marques sont propriété de Noirs. Mais tout de même, en huit ans, Marylin Cooper, cofondatrice du festival, a vu les mentalités évoluer.

Marylin Cooper : « La première année, j’ai dû affréter un bus pour transporter 60 exposants parce que sinon, ils n’auraient pas pu s’aventurer tous seuls dans le township noir de Soweto! Mais je suis très contente de vous dire que cette année, il n’y en n’a que 8 qui ont pris mon bus ! »

Avec 9000 visiteurs, le festival a fait le plein cette année, et devra trouver un autre lieu l’année prochaine s’il veut encore grandir.

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