Reportage d'Anne Vigna, correspondante à Rio de Janeiro, Brésil

Gay Pride Brésil
Gay Pride Brésil © Anne Vigna

Si un gay est agressé dans la zone riche de Rio, les gens vont réagir. Alors qu’ici dans la favela, cette violence est invisible et les gays meurent ou sont agressés et rien ne se passe, comme si cette violence n’existait pas dans ce territoire, comme si on la cachait

Mauro Lima est un jeune homosexuel de 26 ans qui vit dans une favela de la zone ouest de Rio de Janeiro au Brésil. Au sein de l’organisation Connexion G, il a organisé une gay pride dans le complexe de favelas de la Maré où résident 130 000 personnes.

L’objectif des organisateurs: sortir du placard et montrer que dans les favelas aussi, la population LGBT est bien présente.

Si beaucoup hésitent à faire le pas, c’est que la discrimination est encore plus forte dans les favelas que dans les quartiers de la classe moyenne.

Les drapeaux arcs en ciel au milieu de la favela, la vision a de quoi surprendre les habitants qui ne voient d’habitude la Gay Pride qu’une fois par an à la télévision. Dans les rues de la favela, certains sont bien entrés dans la fête et ont applaudi le cortège, tandis que d’autres ont clairement exprimé leur désaccord à l’image de Eliton :

Eliton :

Moi je suis contre parce que Dieu n’a pas fait l’homme pour s’unir avec un autre homme, il a créé l’homme et la femme. Quand il a créé Adam et Eve, il n’a pas créé Adam et Adam ou Adam et Jean pour se marier. Un tiers de la favela est gay aujourd’hui, c’est comme une maladie, c’est en train de devenir une mode.

Une maladie, une mode ou bien souvent un pêché c’est au choix ! Les pasteurs évangéliques ont des discours clairement homophobes à la télévision et dans les quartiers. Mais comme l’explique Rafael, les trafiquants de drogue pensent bien souvent la même chose que les hommes d’église

Gay Pride Brésil
Gay Pride Brésil © Anne Vigna

Rafael :

Moi j’ai vécu la discrimination, j’ai été rejeté par mon père qui était trafiquant de drogue et qui ne supportait pas qu’un homosexuel passe près de lui. Il n’avait jamais imaginé qu’un de ces fils puisse être gay et quand il l’a découvert, il m’a frappé, il a même menacé de me tuer, il l’a vraiment dit.

La menace était peut-être sérieuse, mais le papa de Rafael est mort quelque temps après dans une fusillade contre la police. L’an dernier, 336 homosexuels ont été tués au Brésil.

Un chiffre qui a encore augmenté par rapport à 2012 et qui fait du géant sud américain un des pays les plus meurtriers pour les homosexuels. Sans surprise, c’est dans les quartiers pauvres que les meurtres sont les plus nombreux. Alors le nouveau phénomène des Gay Pride en favelas changera peut-être un jour cette situation.

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