Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Ojardias, en direct de Séoul, en Corée du Sud

Rescapé du camp 14
Rescapé du camp 14 © Belfond éditeur

La Corée du Nord fait beaucoup parler d’elle depuis quelques jours, en raison de l’imminence du lancer d’une fusée, considérée par la communauté internationale comme un essai déguisé de tir de missile. Mais ces préoccupations géostratégiques ont fait passer au second plan un cri d’alarme récemment lancé par une coalition de 40 ONG internationales au sujet des camps de concentration qui regroupent des « opposants » au régime. Tout d’abord, que sait-on au sujet du goulag nord-coréen ?

Savoir ce qui s’y passe vraiment est un problème : les témoignages sont relativement rares. Parmi les réfugiés nord-coréens - qui viennent toujours plus nombreux au Sud - peu ont été prisonniers de ces camps.

Un témoignage récent a cependant reçu beaucoup d’attention : celui de Shin Dong-hyuk, qui est né dans l’un de ces camps. Ses deux parents étaient des détenus modèles : comme récompense, ils ont été autorisés à se marier. Enfant, Shin Dong-hyuk a été obligé d’assister à leur exécution et il a été torturé avant de réussir à s’échapper.

Les associations des droits de l’Homme s’appuient aussi sur des images satellite… Et elles décrivent ainsi un tableau effroyable : les prisonniers – enfants inclus – sont soumis aux travaux forcés, souffrent de malnutrition, de violences quotidiennes. La torture, les exécutions publiques, les viols, seraient monnaie courante. Les conditions de vie sont si dures que 20% de la population carcérale décèderait tous les ans, selon certaines ONG. On estime qu’environ 200 000 Nord-Coréens y seraient détenus. Y sont envoyés ceux qui sont considérés comme des « opposants » : en Corée du Nord, écouter la radio sud-coréenne ou chercher à s’enfuir en Chine suffit pour être perçu par le régime comme une menace. Et selon le système nord-coréen de « culpabilité par association », toute personne appartenant sur trois générations à la famille d’un « opposant » est susceptible d’être emprisonnée à vie. Le plus souvent, sans aucun jugement.

  • Que demandent, donc, ces ONG internationales ?

Elles demandent tout simplement à l’ONU d’enquêter. Plus précisément, c’est une coalition de 40 ONG parmi lesquelles Amnesty, Human Rights Watch ou la FIDH, qui ont soumis une pétition au conseil des Droits de l’Homme de l’ONU pour lui demander de mettre sur pied une commission d’enquête. Ces organisations essaient aussi d’utiliser divers canaux de l’ONU, dans le but d’accroître la pression internationale et médiatique sur le régime nord-coréen.

- Cette action pourrait-elle se révéler efficace ?

Ce sera difficile… car on sait que la Corée du Nord est particulièrement imperméable aux pressions venues de l’extérieur. Le problème est soulevé depuis plus de 20 ans et le régime n’a jamais bougé d’un pouce, ni accepté que la Croix Rouge, par exemple, visite ces camps.

En fait, en passant par l’ONU, ces ONG espèrent faire pression sur les pays alliés de Pyongyang, et en particulier la Chine. Elles ont noté qu’en mars, le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a émis une condamnation à l’unanimité. Et que pour la toute première fois, Pékin ne s’y est pas opposé.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.