Un reportage de Thibaut Cavaillès, à Tunis, en Tunisie

Islam du Sahel
Islam du Sahel © Radio France / IG

Un imam koweitien était en visite à Tunis, en Tunisie, il y a quelques jours. Depuis la chute de Ben Ali, on observe en effet une résurgence de l’Islam salafiste, plus fidèle aux origines de la religion et plus proche du Coran. Et des prédicateurs venus du Golfe arabe viennent tenir des conférences en Tunisie, chose impensable il y a 2 ans, quand seul l’Islam modéré était autorisé par Ben Ali.

Nous avons pu suivre l'un de ces prédicateurs, dans une mosquée près de Tunis, mercredi soir.

Il est arrivé dans un imposant 4X4 Mercedes noir, aux vitres fumées. Dans un quartier populaire du sud de Tunis : le cheikh Nabil Al Aouadi, accueilli par des cris à la gloire de dieu et des feux de Bengale.

A l'intérieur de la mosquée, comble, des drapeaux salafistes, des hommes aux longues barbes, des femmes en niqab, et des slogans hostiles à ceux qui ont critiqué la visite du prédicateur koweitien.

Cheikh : « Pendant 50 ans, ils ont voulu bannir la lumière de dieu dans ce pays... Mais dieu est éternel! »

Abdelbasset : « Ca faisait des années que je regardais la TV et je ne rêvais même pas de le voir directement. »

Abdelbasset, la trentaine, en djellaba, portant une barbe, vient du nord de Tunis.

Abdelbasset : « Qu’il soit là en Tunisie, en train de faire un discours devant les jeunes dans une mosquée, c’est presque incroyable. Sous Ben Ali, si on te chope avec une clef USB ou un truc comme ça, tu es parti pour 2 ans minimum de prison. »

Mais avec la révolution, les choses ont changé. A son arrivée en Tunisie, le cheik a été accueilli par le directeur de cabinet du Président de la République.

Tournée dans le pays, hommage rendu à de très jeunes filles portant le voile ; durant sa conférence, il prône la prédication, l'islam dit « scientifique », « pacifique » opposé à l'islam djihadiste, « violent ».

A la sortie de la mosquée, Mounia est ravie.

Mounia : « Il nous a dit qu'il fallait se rassembler. Avant on était dans l'ombre, loin de la religion. Aujourd'hui Dieu nous a guidés, et un nouveau monde nous est ouvert . »

Mais la visite du cheikh n'a pas fait que des heureux. Une pétition a tournée au sein de l'Assemblée nationale constituante contre ce prédicateur venu proposer un islam importé, trop radical pour la Tunisie. Critiques, également, contre l'attitude des autorités qui ont déroulé le tapis rouge au cheikh. Un acte qui a été mal interprété estime Fabio Mérone, chercheur à Tunis pour le compte de la fondation allemande Gerda Henkel.

Fabio Mérone : « On observe un phénomène depuis au moins les années 1990, que l’on appelle la ‘wahhabisation de l’espace musulman’. Donc ce prédicateur est un wahhabite. Il est ‘utilisé’ pour contrecarrer le djihadisme, car le gouvernement tunisien est en train d’exploiter les scientifiques pour isoler les djihadistes. »

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Avec une question toutefois, prévient Fabio Mérone : et si un jour, les prédicateurs scientifiques se retournaient pour prôner le djihad ?

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