Un questions-réponses réalisé avec Carrie Nooten, en direct de Singapour

Art Stage 2012
Art Stage 2012 © Art Stage

A Singapour vient d’ouvrir la Foire d’art contemporain « Art Stage ». Quelques 130 galeries issues de 18 pays sont venues participer à la deuxième édition de cette foire. Vous en revenez tout juste et pour vous, c’est la preuve que l’art contemporain asiatique est en train de s’organiser.

On a beaucoup parlé, ces cinq dernières années, des ventes record dans l’art chinois – à tel point que la Chine s’est hissée en 2010 à la première place du marché de l’art, devant les Etats-Unis ! Ce sont parfois des sommes astronomiques qui se négocient sous le marteau des commissaires priseurs. Le record mondial pour une peinture contemporaine asiatique, c’est la peinture de Qi Baishi – un aigle posé sur la branche d’un pin-, adjugée à 46 millions et demi d’euros !

Reste qu’il n’y a pas que la Chine en Asie, l’art contemporain est par exemple très vivace en Indonésie et commence à prendre en Inde. Les acheteurs asiatiques, après avoir fait leurs premiers achats dans l’art occidental ou en collectant des œuvres de leurs propres pays, commencent à regarder ce qui se passe de l’autre côté de leurs frontières immédiates.

- Que peut-on admirer à la foire de Singapour ?

Les galeries viennent de 18 pays différents et les organisateurs de Singapour insistent pour se concentrer sur l’art asiatique – c’est-à-dire qu’ils ont bien entendu voulu attirer de grandes galeries occidentales, mais qu’ils leurs ont demandé de présenter en priorité les œuvres asiatiques qu’elles ont en dépôt. A tel point que je suis tombée presque par hasard sur un Chagal et sur des sculptures de Botero ! Mais au final, on trouve surtout une trentaine de têtes d’affiche : Chen Wenling, les frères Gao, le Thaïlandais Rikrit Tiravanija et surtout, pléthore d’artistes émergents d’Asie du Sud-est, des installations sonores d’Indonésie, des sculptures très politisées. Tout cela semble assez excitant, à en croire certains collectionneurs, qui reconnaissent qu’on en est au début seulement.

- Et comment les professionnels pensent-ils que l’art contemporain va évoluer en Asie ?

Il est à peu près certain qu’il va se professionnaliser très vite : par exemple Art Stage a été montée à Singapour par le créateur de la foire de Bâle, Art Basel, qui est LA référence internationale en matière d’art contemporain. La deuxième grande foire asiatique, Art Hong Kong, appartient, elle, directement à la foire de Bâle qui l’a achetée l’an dernier. En Chine-même, pour l’instant, entre la législation changeante et les impôts astronomiques, il y a peu de chance dans ce contexte de voir un vrai rendez-vous émerger.

Et puis avec autant d’artistes prometteurs, il est quasiment sûr que l’art contemporain va faire une part de moins en moins belle aux occidentaux. Déjà, du côté des ventes aux enchères, il ne faut plus compter que sur Christie’s ou Sotheby’s, mais aussi sur les maisons chinoises Poly ou China Guardian. Et pour les œuvres, Hong Kong présente essentiellement du contemporain occidental, mais on prédit déjà que ce sera la foire d’art chinois dans quelques années. Et il y a de fortes chances que Singapour soit la porte d’entrée du marché de l’art sud asiatique.

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