Un reportage de Nicolas Ropert, à Kaboul, en Afghanistan

Un ancien traducteur afghan de l’armée française : «Cela fait presque quatre mois que j’ai donné tous mes documents à l’ambassade de France et pour l’instant, on ne m’a rien répondu et on attend toujours. On ne sait vraiment pas ce que l’on peut faire. »

un millier de militaires français rentreront d'afghanistan d'ici l'été
un millier de militaires français rentreront d'afghanistan d'ici l'été © reuters

Cet ancien traducteur afghan de l'armée française préfère rester anonyme. Comme plusieurs centaines d'autres anciens supplétifs de l'armée française, il espère être accueilli en France car il s'estime en danger.

Or seuls 166 visas seront délivrés : 70 pour les personnes ayant travaillé pour les Français, et le reste pour leur famille. Par conséquent, ceux qui ne sont pas retenus sont déçus et inquiets.

Ils arrivent ensemble dans ce café du centre-ville de la capitale afghane. C'est eux qui ont choisi l'endroit : c'est discret et sécurisé. Le plus âgé des deux, il a 26 ans, a travaillé pendant plus d'un an avec l'armée française à la formation des militaires afghans. Il a donc déposé en début d'année sa demande de visa. Elle est restée sans réponse jusqu'à maintenant.

Un traducteur de l’armée française : « J’en connais trois qui sont déjà partis en France et qui sont déjà installés là-bas, et quand je parle avec eux, ils me disent de ne pas m’inquiéter, que pour nous, il y aura des visas aussi. Mais je ne sais pas exactement pourquoi jusqu’à maintenant, on n’a pas reçu la réponse. S’il y a un visa pour nous, ils attendent quoi ? »

Ni l'ambassade de France à Kaboul, ni l'armée française ne communique sur le sujet. On ne connait pas le nombre exact d'anciens employés qui ont déjà rejoint la France. Ce traducteur, originaire du Wardak, une province largement infiltrée par les talibans, assure se sentir en danger.

Un traducteur de l’armée française : « La raison pour laquelle j’ai demandé à avoir un visa et à pouvoir aller en France, c’est que je suis originaire de Maïdan Wardak. Et quand j’aurai fini mon travail avec l’armée française, je n’aurai plus le droit d’aller chez moi. Car là-bas, il y a beaucoup de Talibans qui cherchent ceux qui ont travaillé avec des étrangers, et surtout avec l’armée. Oralement, j’ai reçu deux menaces via mes proches. Donc je suis obligé de rester à Kaboul. »

Les menaces peuvent venir des Talibans, ais aussi des membres de l'armée nationale afghane avec qui les interprètes étaient en contact. C'est ce que raconte cet autre ancien traducteur.

Un autre ancien traducteur pour l’armée française : « On sera vraiment menacé, même par l’armée nationale afghane, parce que lorsque l’on travaillait avec eux, ils avaient une image très mauvaise de nous. Ils disaient que si on travaillait pour des étrangers, on n’était pas de vrais musulmans. Et c’est ça notre problème. Bien sûr que cela nous énerve. Mais on veut avoir une réponse positive, et j’espère que l’on pourra y aller un jour. »

Il estime que 70 visa pour les 800 personnels afghans qui ont travaillé pour l'armée française est un nombre bien trop insuffisant. Si, comme il craint, il reçoit une réponse négative de la part des autorités françaises, ce traducteur ne se voit pas rester en Afghanistan.

Un autre ancien traducteur pour l’armée française : « Si la France me donne une réponse négative, ça sera vraiment difficile pour nous, mais je vais quitter mon pays, parce que je suis obligé. Je vais au moins aller en Iran ou au Pakistan. Comme je n’ai pas assez d’argent, je ne peux pas aller en Europe, ni dans d’autres pays. Mais je vais au moins aller en Iran pour vivre ma vie là-bas. »

Alors que les autorités afghanes se déclarent opposées au départ de cette élite, le Royaume-Uni a annoncé le mois dernier que 700 visas seront délivrés. Les Etats-Unis, qui ont compté jusqu'à 150.000 militaires dans le pays, accueillent, eux, 1.500 de leurs employés afghans chaque année.

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