Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Mineiva, élève mannequin bolivienne :

J'adore m'habiller en cholita, et mon but c'est de participer à des grands défilés et un jour peut-être, de travailler à la télévision.__

Femme péruvienne
Femme péruvienne © b00nj

En Bolivie, comme Mineiva, l’élève mannequin que vous venez d’entendre, les jeunes Boliviennes sont de plus en plus nombreuses à revendiquer leurs racines amérindiennes. A la manière des Cholitas, ces femmes qui continuent de porter l'habit traditionnel des Indiennes Aymaras malgré la discrimination dont elles souffrent depuis toujours. Les cholitas réhabilitées depuis un peu moins de 10 ans. Tout récemment, la première école de mannequins cholitas a même ouvert ses portes à La Paz.

Le sourire, mais aussi la démarche assurée et le regard fier : la recette du top model est universelle même si dans cette école, les mannequins ne jurent que par le chapeau melon, les longues tresses et les jupes de couleur.

C'est le vêtement traditionnel de la cholita, la femme indigène Aymara, majoritaire dans les Andes boliviennes, et qui a retrouvé sa dignité suite à l'élection en 2006 du président amérindien Evo Morales à la tête du pays.

Yoselyn, apprentie mannequin :

Avant, la femme cholita était discriminée, on ne pouvait pas entrer partout, ni accéder à certains emplois. Mais aujourd'hui, on voit des cholitas travailler par exemple dans des banques et même occuper des postes politiques, ce qui nous donne confiance et nous encourage à accomplir plein d'autres choses.

Professeure de l'école de top models cholitas, Patricia se rend régulièrement dans une petite boutique d’habits traditionnels en plein quartier populaire de La Paz. Elle défile devant la vitrine, avec pour mission d’attirer de nouvelles clientes indigènes et fortunées, capables de se payer un chapeau Borsalino original à 500 euros pièce.

Patricia Rodriguez :

La cholita de La Paz, c’est elle qui aujourd’hui a pris le pouvoir, et on le voit avec tout ce qu'elle porte sur elle. Les bijoux, le corset, les jupons : tout cela est beaucoup plus cher qu'une robe et des chaussures à talons. Par exemple, là, je porte l'équivalent de plus 3 000 euros sur moi.

Pour certaines occasions spéciales, comme un mariage ou une fête populaire traditionnelle, les Cholitas peuvent même s’habiller pour deux ou trois fois plus cher, et sortent alors accompagnées d’un garde du corps.

Malgré le prix élevé, les clientes ne manquent pas et la tenue s'est adaptée aux goûts des jeunes Boliviennes qui sont chaque fois plus nombreuses à s'habiller comme leurs mères et grand-mères.

A quelques détails près, raconte la couturière Gabriela Guttierez :

Les jeunes préfèrent quand c'est un peu plus décolleté, comme ce modèle par exemple. Les plus âgées préfèrent un peu plus fermé, avec des manches longues ou mi-longues. Il y en a vraiment pour tous les goûts.

Fondatrice de l’école de mannequins, Rosario Aguilar voit déjà plus loin et son prochain défi est de parvenir à exporter la cholita :

Mon plus grand rêve le plus grand c'est de faire connaître notre culture et nos vêtements dans un autre pays. La cholita fait partie de notre identité populaire. La cholita est une femme travailleuse, avec des valeurs, courageuse, charismatique, coquette et élégante.

Des atouts majeurs portés désormais avec fierté par toute une nouvelle génération de Boliviennes.

Crédit de la photo en page d'accueil : © MARTIN ALIPAZ/epa/Corbis

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