Un reportage de Thibaut Cavaillès à Tawargha, en Libye

Rida : « Il n'y a plus personne, à part des révolutionnaires, plus personne ! »

Libye paysage
Libye paysage © Radio France / Mathieu Laurent

Plus personne. Plus d'habitants dans cette ville fantôme, rayée de la carte. Nous sommes à Tawargha, au Nord de la Libye, une ville qui paye aujourd'hui son soutien à Kadhafi. Ses habitants ont été chassés par les rebelles après la chute du régime et Tawargha reflète aujourd’hui la difficile question de la réconciliation libyenne.

Rida : « C'est vrai, certains n'ont rien fait, mais nous ne pouvons pas les différencier. Donc, ils payent pour les autres »

__ Rida est revenu pour nous à Tawargha, dans cette ville ennemie. Ancien révolutionnaire de Misrata, à 30 kilomètres au nord, Rida s'est battu ici contre les hommes de Kadhafi qui, de là, pilonnaient sa ville. Aujourd'hui, sur la route le panneau indiquant Tawargha est barré d'une peinture noire. Le château d'eau est à terre, les poteaux sans fil électrique. Preuve que les 30 000 habitants de Tawargha ne sont plus les bienvenus.

Rida : « Ca va prendre du temps pour qu’on accepte qu’ils reviennent. Et ceux qui ont tué, en revanche, pas question de les revoir ici ! »

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Les Tawargha, reconnaissables à leur peau noire, descendants d'esclaves, sont maintenant éparpillés dans tout le pays, réfugiés, pour certains, dans des camps. A Janzour, près de Tripoli, un millier environ est installé dans des bâtiments de l'académie militaire, protégée par des rebelles. Et pourtant, le 6 février dernier, plusieurs sont tombés sous les balles sur la route vers Tripoli. Règlement de compte.

Hamal : « Quand le rebelle de Misrata me frappait, il me disait que j'étais une chienne, que j'aimais Kadhafi et que je devais mourir comme les gens de Misrata sont morts ».

Hamal est alitée dans une pièce jonchée de matelas, elle a été blessée par les tirs et son frère a été tué sous ses yeux. Son père, qui jure que parmi ses six fils, aucun n'a combattu pour Kadhafi, nous explique pourquoi les Tawargha soutenaient le dictateur.

Père d’Hamal : « L'ancien régime s'est occupé des Tawargha. Il nous a sédentarisés, parce qu'avant nous étions des paysans sans terre, et tout le monde émigrait pour trouver du travail et de la nourriture. Grâce à ce programme, nous ne cherchions plus à partir »

Des ONG dénoncent les exactions commises par les Misratis sur les Tawargha, des réponses aux viols et autre crimes qui auraient été perpétrés par les Tawargha pendant la révolution. Au conseil militaire de Misrata, Omar El Caïd, le second du chef, nous assure que les rebelles de sa ville n'ont rien à voir avec les meurtres de Janzour. Mais il explique le pourquoi de la destruction de Tawargha après guerre.

Omar El Caïd : « Quand les rebelles ont pu rentrer dans la ville, ils étaient en colère. Certains ont perdu des membres de leur famille, certains ont vu leurs sœurs violées, kidnappées »

Le 24 février dernier, à Benghazi, les chefs de tribus Tawargha ont présenté leurs excuses pour leur soutien actif au régime durant la guerre. Aucun représentant de Misrata n'était là pour les recevoir.

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