Un reportage de Bineta Diagne, à Dakar, au Sénégal

Ousseynou Thiam, responsable des opérations Mobi Ciné : « On essaye de mettre en place un système qui consiste à éduquer via l’image. Il y a plusieurs thèmes développés : on a parlé de la scolarisation des filles. On essaye de trier des films qui peuvent apporter quelque chose aux élèves »

Mobi Ciné à Dakar ©capacity4dev.ec.europa.eu
Mobi Ciné à Dakar ©capacity4dev.ec.europa.eu © capacity4dev.ec.europa.eu

Au Sénégal est née une initiative originale dans le domaine du cinéma.

Le projet Mobi Ciné tente, depuis un peu plus d’un an et demi, de redonner aux Sénégalais le goût au cinéma, dans un pays où la plupart des salles ont fermé.

Initié par des exploitants de salles, Mobi Ciné se déplace à l’aide de triporteurs, ces tricycles munis de caisse pour transporter des marchandises, dans les quartiers et dans les écoles, pour inciter la population à regarder des films, surtout africains.

C’est une salle de classe bondée de jeunes écoliers âgés de 6 à 8 ans. Les enfants se serrent sur les bancs. En face d’eux, un écran en toile, un projecteur et des hauts parleurs et les voici plongés dans le monde du cinéma.

Ndèye Aminata Coly est enseignante. Cette institutrice voit dans ce programme, un outil pédagogique important pour ses élèves.

Ndèye Aminata Coly : « C’est la première fois que nous projetons des films en classe. Mais les élèves ont aimé. Ensuite je leur ai demandé de raconter ce qu’ils ont vu et ils ont raconté. Cela permet de mesurer les capacités de rétention de l’enfant, et de voir si l’enfant, après avoir regardé le film, pourra le raconter. Cela fait partie de nos programmes : raconter un fait que vous avez vécu. »

Mobi Ciné a été lancé en octobre 2011 à Dakar, afin de faire revivre le cinéma. Les matins, Mobi Ciné se déplace dans les écoles de Dakar pour y projeter des contes, des films de courts métrages et des fictions.

Jusqu’à présent, Mobi Ciné a touché près de 100 000 élèves. Pour les exploitants de salles, l’essentiel est de faire parler les écoliers sur des thèmes qui touchent leur quotidien.

Benjamin Kayaungo : « Après la projection, je me charge de la communication avec les élèves : expliquer le thème du film et essayer d’organiser un débat autour du film projeté. Les débats tournent autour de la scolarisation des jeunes filles. C’est un thème qui leur parle, ils voient leur personne dans ce film . »

Muni d’une énorme mobylette bleue, dans laquelle ils rangent leur kit de projections, les exploitants de Mobi Ciné ont sillonné pendant plus d’un an, plusieurs quartiers populaires de Dakar. L’idée était de toucher un public plus large. Seulement, vu le contexte socio économique, il est bien difficile de fidéliser une clientèle.

Ousseynou Thiam, responsable des opérations : « Pour les projections payantes, on a dû arrêter, parce qu’on s’est rendu compte que les gens n’avaient plus l’habitude de payer pour regarder un film. On a essayé des systèmes. On a même mis en place des cafés, des chips, offerts lors des projections… on a tout essayé. On a aussi fait des tarifs à 150-200 FCFA. Mais on s’est rendu compte à la longue qu’on dépensait environ 6 000 FCFA pour une projection et qu’au bout du compte, on ne gagnait que 10 000 FCFA… et qu’il n’y a que 10 personnes dans la salle . »

Aujourd’hui, Mobi Ciné diversifie ses activités, avec un volet « régie », adressé aux annonceurs. L’idée est d’utiliser le cinéma comme un produit d’appel pour faire passer des messages.

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