Reportage de Florence La Bruyère, correspondante en Hongrie

Silvia Mellis, déléguée du syndicat des employés du commerce :

Il paraît qu’on va pouvoir rester à la maison le dimanche. Super !… Je lis aussi dans la presse qu’on pourra aller au zoo, faire une randonnée ou aller dans un spa… Moi, j’aimerais bien qu’ils nous disent : avec quel argent ?

Silvia Mellis est membre du syndicat des employés du commerce en Hongrie.

Et comme vous venez de l’entendre, rester à la maison le dimanche ne l’enchante pas. En Hongrie, les grandes surfaces et les centres commerciaux sont ouverts le dimanche depuis 25 ans, depuis la chute du communisme.

Les consommateurs sont attachés à cette ouverture, symbole de liberté. Et les employés le sont aussi, parce qu’ils gagnent plus. Mais à partir du 15 mars prochain, le shopping le dimanche, c’est fini. En vertu d’une loi adoptée par la droite populiste, il sera interdit, à quelques exceptions près, de faire travailler les gens le dimanche.

Reportage sur une loi qui a l’air de mécontenter tout le monde…

Dans un centre commercfial, à Budapest, en Hongrie, 13 Janvier 2012.
Dans un centre commercfial, à Budapest, en Hongrie, 13 Janvier 2012. © PETER KOLLANYI/epa/Corbis

Dernier dimanche de shopping pour Attila Bencze. A partir du 15 mars, les grandes surfaces et la plupart des centres commerciaux seront fermés ce jour-là. Attila le regrette. Cet ingénieur commercial travaille souvent le samedi. Il avait l’habitude de faire ses courses le dimanche.

Attila Bencze :

On trouve tout dans ces centres commerciaux, c’est super ! Mais ce qui est important, c’est qu’il y a un club pour enfants. Notre petite fille y passe une heure, elle s’amuse beaucoup, et pendant ce temps-là, on fait nos courses.

C’est le dimanche qu’on a du temps pour le shopping. C’est la liberté et je crois que pour beaucoup de hongrois, c’est aussi une distraction.

Mais les employés n’ont pas toujours le choix. Dans certains hypermarchés, les caissières sont forcées de travailler le dimanche à tour de rôle. La nouvelle loi vise à les protéger selon Zoltan Kovacs, porte-parole du gouvernement.

Zoltan Kovacs, porte-parole du gouvernement :

On ne veut pas que les gens soient forcés de travailler le dimanche, simplement parce que le marché l’exige, ou parce que les habitudes changent. Il y aura des exceptions : les petits magasins et les commerces familiaux ne seront pas soumis à la loi.

Malgré la sollicitude du gouvernement à leur égard, la majorité des caissières et des vendeurs voudrait continuer à travailler le dimanche. Silvia Mellis, responsable du syndicat des employés du commerce.

Silvia Mellis, responsable du syndicat des employés du commerce :

90 % des membres de notre syndicat sont contre la fermeture le dimanche. Pas parce qu’ils adorent leur travail, mais pour des raisons financières. Ils veulent travailler parce qu’ils ont besoin d’argent !

En Hongrie, une caissière gagne l’équivalent de 230 euros nets par mois. En travaillant le dimanche, elle touchait une prime de 5.000 forints, environ 18 euros. De quoi remplir le frigidaire familial pendant 3 jours.

Silvia Mellis, responsable du syndicat des employés du commerce :

Le dimanche, bonjour tristesse ! Parce que les salariés ne toucheront plus la prime. Comme les salaires sont très bas, c’est vraiment une grosse perte pour eux.

Des négociations sont en cours. Les salariés pourraient recevoir 100 % de leur salaire les quatre dimanches de décembre où l’ouverture sera autorisée. Mais cela ne compensera pas leur baisse de revenu. Et la fermeture du dimanche provoque déjà des licenciements. Le distributeur anglais Tesco vient de limoger 500 personnes.

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