Un reportage de Thibaut Cavaillès, à Tunis, en Tunisie

Dégage ! C’est le célèbre slogan tunisien scandé une fois encore sur cette vidéo.

Le 18 octobre dernier, des manifestants à Tataouine, dans le sud de la Tunisie, s'en sont pris au responsable local d'un parti politique assimilé à l'ancien régime.

Lotfi Nagued est mort dans des circonstances qui restent à élucide.

Les manifestants, eux, agissaient sous la bannière de la « Ligue de protection de la révolution ».

Une nébuleuse de comités montés par des citoyens tunisiens aux agissements parfois dignes de milices organisées.

Ils veulent faire le ménage eux-mêmes, de peur de voir revenir aux commandes du pays des anciens du régime déchu. A Tataouine, le 18 octobre dernier, plusieurs militants du comité local de la Ligue de protection de la révolution ont protesté contre les représentants sur place d'un parti considéré comme une réminiscence du RCD de Ben Ali.

La manifestation a dérapé, un responsable du parti attaqué a été tué.

Mohamed Daadaa est membre fondateur de la ligue de protection de la révolution.

Mohamed Daadaa : « Ca a dérapé, mais c’est normal, parce que le mort avait avec lui une milice à l’intérieur du bureau, avec des cocktails Molotov. Quand ils jettent des cocktails Molotov sur le peuple, on ne sait pas ce qui va se passer et on ne peut pas encadrer tout cela ».

Cette ligue est autorisée. Elle agirait, estiment certains, pour le compte du parti majoritaire au pouvoir, Ennahdha. Mais son action dépasse souvent le cadre légal.

Samir Rabhi était porte-parole d'une instance aujourd'hui dissoute, pour la réalisation des objectifs de la révolution. Instance, celle-là, étatique.

Samir Rabhi : « Au départ, après le 14 janvier, les ligues de protection de la révolution, c’était une manifestation citoyenne, pour la protection des quartiers, des villages et des villes. Mais aujourd’hui, ces ligues n’ont plus de raison d’être. Elles constituent les bras armés du parti au pouvoir. Ce sont des milices qui interviennent d’une manière musclée, pour empêcher les meetings d’autres partis opposants à Ennahdha. »

Le 21 octobre dernier, trois jours après les évènements de Tataouine, un meeting de la Ligue était organisé dans un quartier populaire de Tunis.

Parmi les invités Meherzia Laabidi, élue Ennahdha, vice-présidente de l'assemblée nationale constituante. Elle reconnaît que les activistes de ces comités sont proches de son parti.

Meherzia Laabidi : « Il y en a, cela se voit qu’ils sont militants d’Ennahdha, mais je suis venue ici pour leur association, pas seulement parce que ce sont des militantsEnnahdha. Je leur dit que s’ils veulent garder les valeurs de cette révolution, il faut que ces ligues de gardiens de la révolution respectent la légalité et la loi, et ne substituent ni à la police, ni aux juges, ni au gouvernement.»

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Sur la page Facebook de cette ligue, on peut trouver une liste des actions à mener : surveiller, par exemple, les entrées et sorties d'étrangers dans les quartiers, ou infiltrer les rangs des ennemis de la révolution pour découvrir leurs plans !

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