Un reportage de Delphine Sureau, à Hong Kong

Un père de famille hongkongais : « On a peur du lavage de cerveau pour nos enfants. Si vous ne mettez en avant que le positif, ils se diront : ‘la Chine ne fait que des choses bien’ et ils ne sauront rien du passé »

Manifestation à Hong Kong septembre 2012
Manifestation à Hong Kong septembre 2012 © Delphine Sureau

C'est l’inquiétude d’un père de famille hongkongais qui manifestait, le week-end dernier, contre l’introduction dans les écoles de cours de patriotisme chinois, vantant les mérites du parti unique. Comme lui, ils sont des dizaines de milliers à avoir campé pendant plus d’une semaine devant le siège du gouvernement d’Hongk-Kong, qui a fini par retirer son projet censé renforcer l’identité nationale, à la veille d’élections législatives stratégiques.

Mais les craintes des hongkongais n’ont pas été dissipées pour autant, car Pékin tente de reprendre en main l’ancienne colonie britannique, censée rester indépendante jusqu’en 2047. Et le sentiment antichinois n’en finit pas de grandir.

Les Hongkongais ne craignent pas les bras de fer quand il s’agit de protéger leurs libertés. Pendant plus d’une semaine, des familles, mais aussi beaucoup de jeunes, vêtus de noir, ont occupé, jour et nuit le parvis du siège du gouvernement local.

Leur objectif, finalement atteint, était d’empêcher l’arrivée à l’école de cours de patriotisme, concocté par Pékin, où les petits hongkongais devaient apprendre la fierté d’être chinois, et la grandeur du parti unique, tout en faisant l’impasse sur la répression de Tiananmen en 1989.

Jo était l’un des leaders de la manifestation.

Jo : « Il s’agit de contrôler les esprits. C’est de la propagande. Les enfants d’école primaire apprennent, mais ils n’ont pas le recul pour analyser. Avant, nous étions libres, mais le gouvernement (chinois) essaye de reprendre la main petit à petit »

Pourtant, Hongkong est censé conserver son indépendance par rapport au régime chinois jusqu’en 2047. Mais dans les faits, Pékin y domine déjà la vie politique. L’actuel gouverneur, Leung Chun-Ying, a été choisi par un comité de fidèles au voisin chinois.

Depuis son arrivée en juillet, les tensions sont exacerbées, car Leung semble aux ordres du parti communiste, ce qui préoccupe Lin, une retraitée.

Lin : « Ils veulent que les gens aiment le parti unique, ce qui n’est pas une valeur partagée par les habitants d’Hongkong. Nous avons été ouverts au monde. Nous ne partageons pas ce genre d’opinion où il ne faut aimer qu’un seul parti. Nous voulons aimer la Chine, mais c’est quoi la Chine ? Tout le monde a le droit de voter pour ce qu’ils veulent, peu importe ce que c’est. Et nous ne voyons pas le système évoluer. Quoi qu’ils aient promis aux habitants d’Hong-Kong, je ne vois rien arriver ».

A la rétrocession, Pékin avait promis le suffrage universel pour 2017. Mais les partis pro démocratie craignent que cette promesse ne soit pas respectée. Les législatives de dimanche dernier ont montré pourquoi.

Le mode de scrutin taillé sur mesure pour les partis conservateurs, a permis aux pro-Chine de remporter la majorité des sièges, avec seulement 40% des suffrages, alors que 60% des hongkongais avaient voté pour les démocrates.

Autre inquiétude : la détérioration de la liberté de la presse, dénoncée par les journalistes hongkongais. Albert Cheng l’a appris à ses dépends. Après 3 mois d’existence seulement, sa radio contestataire est menacée de fermeture.

Albert Cheng : « Mes actionnaires m’ont dit ‘désolé, nous devons fermer la radio’, parce que le gouvernement chinois leur a demandé. Tous mes actionnaires sont de riches hommes d’affaires, et ils travaillent beaucoup avec la Chine. Donc ils n’ont pas le choix. Hong-Kong doit conserver son statut spécial pendant 50 ans, mais je pense que le gouvernement chinois perd patience, parce que les Hongkongais sont des agitateurs »

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Avec ces tensions ressurgit la question de l’identité nationale. D'après un sondage récent, 79% des Hongkongais s'identifient comme tels plutôt que comme Chinois : un record depuis 1997.

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