Un reportage d’Estelle Maussion, à Luanda, en Angola

Aldemiro Ladislav :

Quand on parle de prix ici, c’est quelque chose de complètement fou. A Luanda, le niveau des prix est très très élevé, totalement excessif. La nourriture, les vêtements, l’électroménager, les voitures, le logement, tout, absolument tout.__

Centre-ville de Luanda, quartier Ingombota (Angola)
Centre-ville de Luanda, quartier Ingombota (Angola) © Estelle Maussion

Aldemiro Ladislav n’habite pas Paris, Londres ou New-York mais Luanda, la capitale de l’Angola, en Afrique australe. En août dernier, Luanda a été classée « ville la plus chère du monde » pour les expatriés par le cabinet d’études britannique Mercer, devant Tokyo… Un cauchemar quotidien, aussi, pour les autochtones.

Depuis la fin de la guerre civile, en 2002, la ville comme l’ensemble de l’Angola, appuie son développement sur d’importantes ressources de pétrole, ce qui provoque inflation, corruption…

Bonjour

- Bonjour l’amie

  • C’est combien l’ananas ?

- C’est 500 kwanzas

500 kwanzas, soit 5 dollars. C’est le prix habituel dans les rues du centre-ville de Luanda, redevenue cette année la ville la plus chère du monde. On y paie une caïpirinha 12 dollars, un steak-frites 40 dollars et une nuit d’hôtel entre 200 et 500 dollars. Une euphorie des prix qui concerne aussi les dépenses du quotidien.

Miguel Armando, comptable dans une pizzeria : __

Par exemple, la téléphonie, c’est très cher ici. Avec un crédit de 10 dollars, tu peux téléphoner 30 minutes et c’est tout. Les chaussures, autre exemple, c’est aussi hors de prix. Si tu veux une paire de baskets de qualité, tu dois compter plus de 100 dollars.

Le logement, l’eau, l’électricité : partout les mêmes tarifs, prohibitifs pour une qualité de service médiocre. Un casse-tête pour les habitants comme pour les entreprises et les administrations. Depuis la fin de la guerre civile dans le pays en 2002, l’Angola connaît une reconstruction éclair, financée par son importante manne pétrolière. Cette économie centrée sur l’or noir nourrit une forte croissance. Mais elle a aussi un effet pervers : elle concentre à Luanda projets immobiliers, investisseurs et expatriés, ce qui encourage la spéculation et la flambée des prix.

Un phénomène accentué par une faiblesse structurelle de l’Angola, comme l’explique le professeur d’économie Salim Valimamade :

Il y a encore des problèmes d’infrastructures, de logistique. Et l’Angola n’est pas un pays producteur, la majorité des biens alimentaires et de consommation courante est importée. Cela renchérit le prix des produits.

Nourriture, habillement, matériel de construction, ameublement… L’Angola fait tout venir de l’étranger, de Chine, d’Europe et du Brésil. Dans le passé, le pays était une grande puissance agricole, mais la guerre a détruit cette richesse.

Et aujourd’hui le tout-pétrole rend difficile une diversification de l’économie. Sans oublier que la corruption omniprésente maintient une opacité sur les coûts de production et les prix pratiqués. Résultat : Luanda est une ville plus qu’onéreuse alors que la majorité de sa population vit dans une grande pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. Pour elle, c’est le système D qui prévaut. Aristide, étudiant en biologie :

Comme on dit toujours, on a fini par s’habituer à cette situation. Chacun sait comment s’en sortir, chacun a ses plans et ses combines pour parvenir à se débrouiller.

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