Un questions-réponses réalisé avec Pascale Guéricolas, à Québec, au Canada

Ruger, arme à feu
Ruger, arme à feu © simonov

Au Canada, le gouvernement conservateur veut faciliter la circulation des armes à feu. Une loi est en préparation, qui envisage de mettre fin au "registre". Cela signifie que chaque propriétaire d’arme à feu ne serait plus obligé de s’identifier formellement auprès des autorités. Plus d'obligation, non plus, d'enregistrer les armes en sa possession. Quels vont être les effets de cette nouvelle législation ?

Selon les détracteurs du projet de loi C19, découvrir qui est propriétaire d’une arme va devenir beaucoup plus difficile. Grâce au Registre, par exemple, les policiers qui répondent à l’appel d’une femme aux prises avec un mari violent savent déjà quelles armes se trouvent dans ce domicile, avant même d’être sur les lieux.

Même chose lorsqu’ils font une perquisition ou étudient un crime : ils peuvent identifier le propriétaire d’une arme trouvée sur les lieux par son numéro de série, jusque-là enregistrée dans le Registre mis en place par le gouvernement fédéral. Chaque propriétaire a l’obligation de signaler lors de la vente d’une de ses armes, l’identité de l’acheteur.

De la même façon, un commerçant doit vérifier que son client prêt à acheter une carabine de chasse ou autre possède bel et bien un permis de possession d’armes.

Tout cela, bien sûr, n’empêche pas les crimes, ni les assassinats avec une arme à feu, mais selon des associations des policiers, les avocats, et bien d’autres groupes de pression à travers le Canada, cela contribue à en diminuer le nombre.

- Pourquoi, dans ce cas-là, remettre en cause ce registre ?

Les Conservateurs ont fait de l’élimination de ce dispositif administratif une promesse électorale. Depuis des années, ils dénoncent sur toutes les tribunes les coûts faramineux entraînés par la mise en place de ce registre par leurs prédécesseurs libéraux. Ils affirment aujourd’hui que les citoyens se sentent considérés comme des criminels en ayant l’obligation d’enregistrer leurs armes, qu’ils ne supportent pas toute cette bureaucratie.

Ce genre d’arguments fonctionne très bien dans l’Ouest du pays, dans les zones rurales, où le port d’arme semble fait partie des droits fondamentaux, comme dans les plaines américaines. C’est là, justement, que l’électorat conservateur est le plus important.

Dans les villes, l’appui au projet de loi est beaucoup moins fort et au Québec, il est quasiment inexistant, du moins publiquement.

- Qu’est-ce qui explique cette différence d’attitude par rapport aux armes ?

Le Québec a une relation différente aux armes que dans l’Ouest peuplé plus récemment, mais il faut aussi rappeler que la tuerie de l’École polytechnique à Montréal constitue encore un traumatisme, même 22 ans après les faits. Le 6 décembre 1989, un tueur a assassiné 14 jeunes femmes dans cette école d’ingénieurs avec un Ruger, comme le tueur de Norvège. Les proches des victimes de cette tragédie et les survivants ont milité pour le contrôle des armes et obtenu du gouvernement canadien la mise en place de ce registre que les nouveaux élus veulent démanteler.

Le gouvernement québécois va entreprendre un recours juridique contre le gouvernement central, mais la partie est loin d’être gagnée. Le projet de loi prévoit en effet la destruction de toutes les données recueillies sur les armes et leurs propriétaires. Ce qui, pour les groupes qui luttent pour le contrôle des armes, serait une véritable catastrophe.

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