Un reportage de Marie Heuclin à Alger, en Algérie

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Jil FM est une radio née il y a quelques semaines en Algérie. Dans le pays, les médias audiovisuels sont encore un monopole d’Etat, mais plus pour longtemps ! D’ici la fin de l’année, ils devaient être ouverts au privé.

En attendant, JIL FM est le premier média public entièrement consacré à la jeunesse, dans un pays où les moins de 35 ans représentent plus de 70% de la population.

Une antenne qui diffuse beaucoup de musique, algérienne et internationale, des émissions de libre-antenne, qui donnent la parole aux jeunes, sans tabou, des animateurs qui parlent l’arabe algérien, celui de la rue… Sur Jil FM, ou « Génération FM » en français, on retrouve tout ce qui fait le succès des radios « jeunes » dans le monde. Sauf qu’ici, c’est une première. Pour son directeur, Mourad Ouadahi, l’ambition est claire : donner une visibilité à la jeunesse.

Mourad Ouadahi : « Aujourd’hui, parfois, on oublie certaines choses importantes comme le désir de cette jeunesse de pouvoir s’évader, de partir, de suivre ce qui se fait dans le monde. Donc, il faut leur parler un langage qu’ils comprennent, il faut leur donner ce qu’ils aiment (de la musique, du divertissement) et surtout, il faut leur donner la parole. Il faut qu’on les écoute un peu plus. Il faut vraiment qu’on puisse leur tendre le micro et qu’on les laisse parler un peu plus que ce qu’on leur accorde, et qu’ils n’aient pas besoin d’un tuteur ou de donneurs de leçons »

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La radio veut aussi apporter des réponses aux attentes des jeunes, comme sur l’emploi. Plus du quart des jeunes sont en effet au chômage. La mission est ambitieuse : les jeunes Algériens n’accordent plus aucun crédit aux dirigeants de leur pays, ni même aux structures chargées de les aider. Alors, Jil FM aura des émissions « de service public » sur l’emploi ou l’aide à la création d’entreprise, par exemple. Maya Zerouki est la directrice des programmes;

Maya Zerouki : « Les thèmes qui les concernent sont universels, comme les problèmes d’étude, de perspective d’emploi, de chômage… Nous allons les guider. Nous n’allons pas nous contenter de parler des problèmes des jeunes qui sont connus, mondialement et en Algérie. Nous allons essayer de trouver des solutions »

Malgré cette bonne volonté, Jil FM reste un média d’Etat. Même si, en Algérie, la radio est plus libre que la télévision, le pouvoir politique exerce toujours une censure. Mais Mourad Ouadahi veut y croire.

Mourad Ouadahi : « C’est un défi aux dirigeants.On ne fait pas une radio jeune en bridant et en réduisant la parole. Si demain il y a une émeute qu’on n’en parle pas, on n’est plus crédibles. Maintenant, on est conscient que c’est une radio publique et qu’on n’est pas là pour allumer le feu et pour monter les gens contre le gouvernement et contre le régime. Mais en même temps, il faut que les gens puissent se retrouver dans cette chaîne »

Un peu moins d’un mois après son lancement, le pari semble gagné. Les émissions de libre antenne sont prises d’assaut par les appels des auditeurs et la radio est plébiscitée sur les réseaux sociaux.

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