Un reportage de Régis Genté, à Eredan, en Arménie

Hovhannes Azoyan_ :«_ C’est sur Internet qu’à commencé la liberté de discuter de tout. Et la télévision, et le pouvoir, ont donc dû suivre l’Internet pour rester… concurrentiels. »

la france pourrait développer ses relations économiques avec l'arménie
la france pourrait développer ses relations économiques avec l'arménie © reuters

Hovhannes Azoyan, 30 ans, fait partie de ces humoristes arméniens qui ont commencé à se moquer du pouvoir sur Internet. Depuis 2 ans, il fait même carrière à la télévision. Alors que les Arméniens éliront lundi prochain leur Président de la république, on constate donc que la satire fait son retour dans la vie politique de l’ex-république soviétique, après quelques années de traversée du désert.

Narek : « Bonjour cher peuple, ou cher électorat plutôt … »

Sergeï : « Allez, pendant encore une semaine, on est plus un électorat qu’un peuple, mais il faut bien supporter cette situation… »

Samedi dernier, les 2,8 millions d’Arméniens ont pu rire de la politique à gorge déployée. Pendant les 25 minutes d’ArmComedy, leur show bihebdomadaire, sur la chaine privée ArmTV, Narek et Sergeï, les présentateurs de ce journal télévisé satyrique, n’ont pas ménagé les hommes politiques du pays.

Pas même le Président Sarkissian, grand favori du scrutin de lundi, dont l’ennui et le vide des discours a été plus que souligné.

C’est d’abord l’Internet, depuis une dizaine d’années, qui a été le lieu de liberté des humoristes arméniens.

Et puis, après la tragédie de la dernière présidentielle, en 2008, où 10 manifestants dénonçant les fraudes ont été tués, le pouvoir a peu à peu compris qu’il fallait libérer la soupape de l’humour et faire baisser la tension dans la société.

Narek Markarian, présentateur d’ArmComedy : « Il est aujourd’hui très important de dépolariser la société. Les gens considéraient ceux qui n’étaient pas d’accord avec eux comme de vrais adversaires, et en montrant la part comique chez les politiques de tous bords, les gens sont devenus moins agressifs. »

L’humour politique est renaissant en Arménie. Il est donc fragile, comme le comprend à ses dépends le bloggeur Edgar Barseghian, qu’un député poursuit en Justice.

Tigran Ourikharian n’a pas supporté qu’après avoir été élu homme politique le plus sexy d’Arménie, le bloggeur ai composé une image où sa tête est posée sur le corps d’une jeune femme assez dénudée.

Edgar Barseghian : « Ce député a commencé à s’en vanter dans la presse. Donc c’était évident qu’il en était fier ! Mais pour moi, les hommes politiques devraient être connus pour leur travail, non pour leur image. »

Ces jeunes humoristes revendiquent haut et fort leur liberté, face à une classe politique corrompue et méprisante. C’est en substance ce qu’exprime cette parodie de publicité d’Hovhannes Azoyan, au sujet d’une d’eau minérale, SIL, que le pouvoir a fait disparaitre des magasins, ou des restaurants comme dans cette parodie, son producteur ayant affiché son soutien à l’opposition.

Serveur : « Quelle eau voulez-vous boire monsieur ? »

Hovhannes Azoyan : « Euh, de la SIL. »

Serveur : « SIL ? » (très gêné)

Hovhannes Azoyan : « Alors quoi, je ne peux pas commander ce que je veux ? »

Serveur : « Vous pouvez bien entendu » (voix basse)

Enfant : « Moi aussi. »

Homme : «Moi aussi . »

Femme : « Moi aussi, j’en veux »

Autre homme : « Eh bah, nous aussi alors. »

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.