Un reportage de Frédéric Faux, correspondant du Figaro en Amérique du Sud, collaborateur de RFI

Monsieur l'administrateur de la mairie de Puerto Williams :__

Jamais on n’avait investi tant d’argent, sur une période si courte, pour attirer les touristes à Puerto Williams, pour en faire la porte d’entrée du continent antarctique. Aujourd’hui c’est encore Ushuaia. Mais si vous voulez aller en Antarctique, ou au Cap Horn, partez de Puerto Williams !

Puerto Williams, Chili
Puerto Williams, Chili © Google Maps

Pour beaucoup, la ville la plus au sud de la planète est Ushuaia, en Argentine. Mais lorsque l’on regarde une carte, on s’aperçoit qu’il s’agit en fait de Puerto Williams, au Chili, sur l’île Navarino.

Afin de rétablir cette vérité et d'attirer les touristes, le Chili a décidé de développer son bout du monde.

Dans la baie de Puerto Williams, pour l’instant, les seuls bateaux qui font relâche sont le ferry Yagan, qui approvisionne ce village de 2500 habitants une fois par semaine, les bâtiments de la marine chilienne et les voiliers qui partent vers l’Antarctique.

Une tranquillité et un isolement qui a séduit Armando, charpentier, venu du grand port de Valparaiso :

Ici sur notre île on peut laisser la clé dans la voiture, on ne ferme pas la porte des maisons. On vit tranquille, il y a du travail. Il y a beaucoup de raisons pour vivre ici. Il faut juste supporter la météo, la pluie. On s’y habitue.

Mais ce havre de paix né dans les années 50 autour d’une base navale est en train de connaître un bouleversement sans précédent. La présidente Michelle Bachelet, qui s’est engagée à développer les zones extrêmes du Chili, va injecter 400 millions d’euros dans la province Antarctique, dont Puerto Williams est la capitale.

Un investissement détaillé par le gouverneur, Patricio Oyarzo :

Nous allons reconstruire l’aéroport, pour qu’il puisse accueillir des jets commerciaux. On va faire aussi un nouveau quai dans le port pour accueillir des paquebots de 250 passagers qui font du tourisme vers l’antarctique. Un hôpital est en construction et il y a quelques semaines le gouvernement a donné son accord pour que Puerto Williams soit connectée par fibre optique au reste du pays. L’idée c’est que quand les gens arrivent à Ushuaia, ils se rendent compte qu’il y a une ville encore plus au sud.

Le patron de pêche, Nelson Inostroza, est du même avis. Il se souvient de la guerre qui a failli opposer ici même en 78 le Chili et l’Argentine. Et pour lui, le temps de l’hégémonie argentine dans la région est terminé :

Si un pays n’aide pas ses zones frontières, ses zones isolées, ce sont les voisins - pour nous les Argentins - qui se les approprient. C’est pour ça qu’il y a ces investissements. Nous allons devenir la ville de la fin du monde, ce ne sera plus Ushuaïa.

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