Un reportage deGrégoire Pourtier, à Addis Abeba, en Ethiopie

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Bernard Coulais :

Ils aiment le vin sucré parce qu’il fallait le sucrer pour oublier qu’il n’était pas bon. Donc nous, ce que l’on pense, c’est que notre production va éduquer un peu le public éthiopien de ce point de vue-là, et qu’il verra qu’on n’a pas besoin de mettre trop de sucre ou du coca-cola dans le vin pour le boire.

Vignes
Vignes © Max PPP

Bernard Coulais a une appréciation cinglante du vin éthiopien et de la manière dont on le consomme. Il dirige le groupe Castel en Ethiopie, où l’objectif est de produire un vin de qualité.

Avec ses crus locaux comme le Gouder, l’Axumite ou encore le Kemila, ’Ethiopie a une longue tradition vinicole, même si elle n’est pas toujours au goût des Français.

Awash Winery écoule sans souci sur le marché local ses 7 millions de litres annuels: un fond social d’investissement (8 Miles) compte tripler sa production et la société d’Etat vient d’être re-privatisée.

Dans l’usine d’Awash Winery, on utilise des bouteilles revenues de consigne, et tant pis si elles n’ont pas toute la même couleur. On en voit même d’étonnantes ne contenant que 37,5cl, un format très répandu en Ethiopie.

Mais la plus grande surprise de ce vin local, c’est surtout quand on le boit : __

Le goût en Ethiopie est très différent. Ils aiment le vin très doux. Pour nous, c’est … Whooouuu ! __

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Amity Weiss, du consortium 8 Miles, qui vient de prendre le contrôle de la société : __

Nous voulons redonner de la qualité, avec un peu moins de sucre, tout en continuant à produire quelque chose que les Ethiopiens peuvent s’offrir. Nous voulons quelque chose de buvable, et de sain.__

Au-delà du goût sirupeux, on se demande quels additifs donnent cette texture si particulière. Et finalement, ne devrait-on pas trouver un autre nom pour la boisson ? Car les Ethiopiens ont une manière bien à eux de la consommer :

Une grande partie de notre vin est mélangée avec autre chose. Ils veulent une boisson fraîche, douce, que ça pétille… Mais nos clients sont loyaux : ils adaptent notre produit à leur goût plutôt que d’en changer. Et puis les Ethiopiens ne tiennent pas à devenir saouls trop vite. Ils diminuent donc le degré d’alcool pour prolonger le moment qu’ils passent ensemble. __

Certain du potentiel commercial, 8 Miles voudrait produire bientôt 20 millions de bouteilles, car l’essor économique de l’Ethiopie rend le vin de plus en plus accessible.

Amity Weiss, du consortium 8 Miles :

Les classes moyennes, moyennes basses, peuvent en acheter facilement, ou du moins économiser un peu pour pouvoir boire pendant les vacances, par exemple.

Le vin est apparu du temps de l’empereur Hailé Sélassié, via des familles européennes. Ensuite, à la fin des années 70, le régime militaro-communiste du DERG a nationalisé la production sous la bannière Awash Winery.

La boisson a alors changé de saveur, et Tadesse est un de ceux qui n’apprécie pas l’évolution :

Ce n’est pas bon. En général, ils n’utilisent pas vraiment de raisin, je crois que c’est plutôt avec des produits chimiques ou autres…en tout cas, le goût n’est pas le même qu’avant. En ce moment, je suis obligé de boire du vin sud-africain. Si un autre produit à meilleur prix et meilleure qualité était proposé, il y aurait un marché très important.

Aujourd’hui, un vin importé coûte au minimum quatre fois plus cher. Mais un nouveau produit local est désormais disponible, et avec un tarif intermédiaire.

Le groupe français Castel s’est en effet lancé dans l’aventure, et vient de sortir sa première cuvée de vin éthiopien.

Malgré les difficultés, notamment climatiques, les gammes se veulent aux standards internationaux.

Bernard Coulais assure que toute la production a été commandée à l’avance :

On a fait le choix de planter 120 ha dans un premier temps, avec quatre cépages d’origine française, le merlot, le cabernet, le syrah et le chardonnay. Avec l’idée de faire un vin de qualité et d’exporter une partie de la production.

Castel compte ainsi vendre 550.000 bouteilles à l’étranger, la même quantité qu’en Ethiopie

La très importante diaspora en Amérique du Nord sera une clientèle particulièrement visée. Mais aujourd’hui, la plus grosse commande vient… de Chine, où sont attendues 300.000 bouteilles.

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