Nourriture Indonésie
Nourriture Indonésie © Claire à Taiwan

Un questions-réponses réalisé avec Solenn Honorine, en direct de Jakarta, en Indonésie

En 2008, le monde a connu une inflation considérable des prix du riz qui, évidemment, a été ressentie le plus durement en Asie, là où l’on produit et consomme 90% du riz mondial. Depuis, le gouvernement indonésien a lancé une campagne pour faire diminuer la consommation de riz dans le pays.

Le maire de Depok, une ville d’un million d’habitants dans la banlieue de Jakarta, a décidé que le mardi serait jour sans riz. Donc, aujourd’hui, si vous êtes à Depok, aucun restaurant, aucune cafétéria, aucun vendeur ambulant ne vous servir du riz. La pilule a du mal à passer, surtout parmi les restaurateurs qui ont vu leur chiffre d’affaires baisser de moitié le mardi.

- C’est tout de même étrange d’interdire un aliment. Quelles sont les raisons de cette politique ?

La mesure peut paraître anecdotique, mais ça montre tout de même un réel problème. En Indonésie, on mange trop de riz, et on n’en produit pas assez. En moyenne, un Indonésien en avale 139 kilos par an ; je ne sais pas combien vous en mangez, mais cela revient à consommer une boite et demi d’Uncle Ben’s tous les jours pour une famille de 4. Et il arrive souvent que les paysans indonésiens ne parviennent pas à en produire suffisamment pour nourrir le pays. Dans ce cas, il faut importer, ce qui coûte cher et vous met à la mercie des cours mondiaux.

- Pourtant vu l’importance du riz, n’y a-t-il pas des politiques pour augmenter la production ?

Oui bien sûr, mais ce n’est pas facile d’augmenter les rendements, d’autant plus qu’à cause de l’urbanisation rapide du pays qui se passe surtout sur l’île de Java, le grenier à riz de l’archipel, les meilleures terres agricoles sont peu à peu grignotées par les villes. En plus de cela, il y a aussi une considération de santé publique. Le riz ne recouvre pas tous les besoins nutritifs et il serait bon de le substituer par d’autres choses pour un meilleur régime alimentaire. Car en Indonésie, le problème n’est pas la quantité de nourriture – en général les gens n’ont pas faim– c’est le manque de variété, la malnutrition.

- Que de bonnes raisons, donc. Mais la campagne n’est pas un succès.

Et non, parce que c’est fait culturel très ancré. On mange du riz matin, midi et soir ; riz bouilli, riz frit, galettes de riz, porridge de riz, etc. Si vous mangez du riz blanc avec un peu de purée de piment parce que c’est tout ce que vous pouvez vous payez, on considère que vous avez fait un vrai repas. Par contre, une patate douce avec des légumes, c’est un snack, au mieux, alors même que c’est bien plus complet.

Autrefois, dans les îles hors de Java et Bali, on mangeait plutôt des tubercules : patates douces, sago, cassave. Mais depuis les années 1970 tout le monde s’est converti au riz, vu comme une nourriture plus noble (si vous ne mangez pas de riz, c’est que vous êtes plus misérable que misérable). Par onséquent, aujourd’hui, le pays paie le prix de politiques passées qui focalisaient les problèmes de sécurité alimentaire de la nation exclusivement autour du riz.

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