Un questions-réponses réalisé avec Gabriel Kahn, en direct de Kampala, en Ouganda

Ouganda
Ouganda © clemgirardot

Avec ses terres fertiles pour la plupart inexploitées et son climat paradisiaque, l’Ouganda fait partie des pays africains les plus convoités par les compagnies internationales. Une compagnie britannique, la New Forest Company, a été accusée le mois dernier par la confédération d'ONG Oxfam d’avoir fait expulser de leurs terres, depuis 2006 et sans compensation plus de 22.000 personnes de leurs terres depuis 2006 à la frontière de l’Ouganda et du Kenya.

Dans quelles circonstances cette compagnie britannique s’est-elle appropriée ces terres ?

L’Ouganda fait partie des pays où les forêts sont les plus menacées dans le monde. La majeure partie de la population continue d’utiliser le charbon de bois pour cuire ses aliments. Et des centaines de milliers d’Ougandais qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas de terre, brûlent quotidiennement les dernières forêts pour y planter du manioc et du maïs. C’est dans ce contexte d’intense destruction environnementale que la compagnie britannique New Forest Company (NFC), a approché le gouvernement ougandais il y a 5 ans. Son projet consiste à replanter les forêts détruites pour obtenir des crédits carbones. Le gouvernement lui a proposé de réaliser ce projet dans le Mont Elgont, qui s’élève à la frontière du Kenya et qui a été en partie détruite depuis les années 60 par l’arrivée de nombreux occupants illégaux, qui ont fuit les plaines à la suite d’incessants conflits tribaux.

- Comment la confédéraration d'ONG Oxfam est-elle parvenue à établir le bilan de 22.000 personnes expulsées sans compensation ?

Les gens qui vivaient et qui pour certains vivent encore, illégalement, dans le parc national du Mont Elgon se considèrent comme des victimes car les plus vieux d’entre eux se sont déplacés dans cette forêt depuis les années 60. Leurs enfants y sont nés et y ont grandis. Oxfam a interviewé des milliers d’entre eux. Selon cette confédération d'ONG, ils ont été « chassés illégalement de leurs maisons et injustement abandonnés à leur sort ». C’est pourtant de la responsabilité du gouvernement de protéger les forêts nationales contre les occupants illégaux. La compagnie britannique New Forest n’avait peut-être pas évalué l’ampleur et la profondeur de ce conflit.

- Quelle est la situation actuelle ?

Aujourd’hui, les personnes expulsées du Mont Elgon vivent à la périphérie du parc, entassées les unes sur les autres, dans une terrible pauvreté. Certains sont allés occuper d’autres parties du parc. Ce conflit est donc persistant.

- D’autres terres en Ouganda sont-elles convoitées par des compagnies internationales?

Oui, bien sûr, notamment par les pays du Golfe, l’Inde et la Chine. Il ne s’agit pas, dans ce cas, de planter des arbres, mais de créer des fermes agricoles. Cependant, ces projets ont du mal à s’implanter du fait de la grande complexité de la question agricole en Ouganda, un pays en pleine explosion démographique, où la plupart des terres sont tribales.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.