Un questions-réponses réalisé avec Sébastien Farcis, à Bombay, en Inde .

Campagne indienne, Inde
Campagne indienne, Inde © laurent KB

En Inde émerge depuis des années une classe moyenne urbaine et aisée, qui profite pleinement d’une croissance de 8% par an. Mais autour des grandes villes demeure la grande majorité de la population indienne, rurale, pauvre, et en marge. C’est pour tenter de créer un pont entre ces deux mondes qu’est en train de naître une nouvelle forme de tourisme rural « intelligent ».

Des organisations touristiques emmènent vivre les citadins, le temps d’un week-end, dans un village. L’opération est un tel succès qu’elle aide les villages concernés à sortir de la misère. Nous avons suivi un groupe de touristes dits intelligents, aux alentours de Bombay.

Et cela a commencé par un voyage épique. Une dizaine de ces citadins, Indiens et étrangers, de classe moyenne, ont fait 6 heures de route, la plus grande partie dans une jeep inconfortable, et sur un chemin cabossé, pour se rendre dans un village d’une centaine de familles perché sur les hauteurs de Bombay, appelé Purushwadi. Et là, ils ont vécu au rythme des villageois : ils ont mangé la même nourriture, dormi dans une petite maison, certes un peu aménagée. Et puis les villageois leur ont montré les activités quotidiennes et appris à traire une chèvre ou à piler le riz. En bref, une immersion maximum dans le monde rural, où les habitants vivent de leur seule récolte, avec quelques heures d’électricité seulement, loin de la prospérité de Bombay, la capitale financière indienne, qui comprend des dizaines de milliardaires.

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- Qui est l’intermédiaire qui tisse ce lien entre les touristes et les villageois ?

C’est une association qui s’appelle Grassroutes, et qui a lancé ces excursions intelligentes il y a deux ans. Ils ont formé les villageois à recevoir les touristes, à parler de leur vie quotidienne, et à guider les groupes, pour établir une sorte de liaison. L’objectif est d’impliquer le plus possible les villageois, afin de leur faire bénéficier de vraies retombées économiques : dans ce système, chaque touriste paie l’équivalent de 30 euros pour le week-end, dont 30% revient directement aux villageois.

A Purushwadi, le bénéfice est clair : les habitants ont augmenté leurs revenus de 30% en 2 ans, ce qui fait que le village a pu acheter une pompe qui fournit maintenant l’eau courante aux habitants et leur évite de descendre jusqu’à la rivière.

Et puis les familles à qui j’ai parlé peuvent à présent acheter des médicaments pour les enfants, voire même économiser, ce qui est un luxe dans ces campagnes très pauvres.

Mais le gain n’est pas seulement économique : ces revenus ont permis de freiner radicalement la migration de ces paysans vers les villes, ce qui réduit les tensions dans les familles, et leur évite d’aller s’empiler dans les bidonvilles de Bombay, déjà surpeuplés.

- Est ce que ce succès va inciter l’association à multiplier ce genre d’excursions ?

Oui, 2 villages accueillent déjà des touristes en partenariat avec Grassroutes et l’association, ravie et ambitieuse, prévoit d’en ouvrir 5 l’année prochaine, et 90 autres dans les 10 ans à venir, autour d’autres grandes villes indiennes. Il faut dire qu’il y a du travail : 70% des Indiens vivent dans des villages pauvres comme celui de Purushwadi.

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