Un reportage de Leïla Beratto, à Alger, en Algérie

Zouïna Zaïda : «C’est impossible de pouvoir enseigner dans une classe aussi chargée. Cela a un impact très direct sur le bon déroulement de l’enseignement en classe, oui »

Bacheliers algériens
Bacheliers algériens © Magharebia

Zouïna Zaïdi est professeure de technologie dans un lycée d’Alger.

En Algérie, la rentrée scolaire a eu lieu dimanche, dans un contexte économique difficile. L’année dernière, le conflit entre les enseignants et le ministre de l’Education a paralysé les écoles pendant plusieurs mois. Les mouvements sociaux pourraient bien recommencer cette année, car les classes sont toujours surchargées, surtout dans le secondaire.

Il y a 4 ans, le ministre de l’Education algérien a raccourci le cycle primaire. Conséquence : deux classes d’âges sont entrées au collègue en même temps et aujourd’hui, ce double effectif entre au lycée. Il y a donc 150 000 élèves de plus que l’année dernière, mais il n’y a ni plus de lycées, ni plus de professeurs. Du coup, au lycée Ibn Khaldoun, Fadela, qui rentre en seconde, a beaucoup trop de camarades de classe.

Fadela: « 48 dans la classe c’est déjà beaucoup. Y’a du boucan. C’est comme au collège l’année dernière, tu ne pouvais pas te concentrer. On est nombreux, les élèves discutent, surtout si le prof est gentil »

Difficile d’enseigner pour les professeurs et difficile d’apprendre pour les élèves. Mais la conséquence de cette surcharge des classes ne s’arrête pas là. Idir Achour, le Secrétaire général du Conseil des lycées d’Algérie, un syndicat autonome, craint une dégradation du climat scolaire.

Idir Achour : «La surcharge des classes va augmenter la violence dans le milieu scolaire parce que la violence, elle existe déjà et on n’arrive pas à la maîtriser. C’est à dire il y a la violence entre les élèves, entre eux, il y a une violence entre les élèves et les enseignants. C’est dû au stress dans le milieu scolaire »

De leur côté, les enseignants ont déjà perdu patience. Leurs revendications de l’année dernière sur un nouveau statut ont été enterrées pendant l’été. Ils ont bien obtenu une augmentation de salaire, mais l’inflation a fait grimper les prix. C’est ce que dénonce Mohamed Salem Sadali, qui est à la tête du syndicat des travailleurs de l’éducation,

Mohamed Salem Sadali : «La petite voiture que l’enseignant se permettait il y a 4 ou 5 ans a doublé de prix. Le logement qui était à 150-200 millions de centimes (de DA) est aujourd’hui à 600-700 millions de centimes (de DA). Les vacances, c’est inaccessible. La question du pouvoir d’achat reste posée

Si les enseignants se sentent incompris, c’est aussi parce que le ministère de l’Education ne considère pas les syndicats autonomes comme des interlocuteurs. Pour Mohamed Salem Sadali, les problèmes d’aujourd’hui sont le résultat d’une décennie de mauvaise gestion.

Mohamed Salem Sadali : «Depuis 10 ans, les grèves ne s’arrêtent pas, depuis 10 ans le ministre a toujours fait dans l’autoritaire, il veut toujours imposer ses avis, sa réforme, ses solutions concernant les questions de statut, de salaire, etc. Tant que l’enseignant est considéré plus comme un instrument que comme un acteur au sein de l’école, ça ne peut aboutir qu’à un échec comme c’est le cas actuellement »

Il y a une semaine, le Président a nommé un nouveau ministre de l’Education, mais l’apaisement ne devrait pas durer longtemps. Dans la capitale, un lycée est d’ores et déjà bloqué par la grève.

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