Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Ojardias, à Séoul, en Corée du Sud

Direction la Corée du Sud, où les problèmes de violence à l’école sont devenus très préoccupants. Depuis le suicide d’un collégien qui ne supportait plus les humiliations infligées par ses camarades de classe, le gouvernement a mis en place toute une série de mesures, dont certaines sont très controversées.

C’est en fait une violence peu visible : la Corée du Sud est un pays très sûr, il y a peu de racket ou d’agressions. La violence scolaire ici est plus insidieuse, c’est plutôt une forme d’acharnement contre un bouc émissaire, un « wangta » comme on les surnomme, un élève isolé sur lequel se déchaîne la violence d’une classe.

Or, en décembre dernier, un collégien s’est suicidé : pendant un an, deux camarades de classe lui volaient son argent, le frappaient, le torturaient quotidiennement. L’entourage de la victime ne s’était aperçu de rien. Le jeune garçon, incapable de trouver de l’aide, a mis fin à ses jours, en laissant une lettre qui détaille son calvaire.

Cette lettre a été publiée par les quotidiens du pays et a lancé un vaste débat. Elle a mis en évidence un problème grave : selon le ministère de l’Education, plus de 700 écoliers se sont suicidés en 4 ans, en raison de brutalités à l’école. La Corée du Sud possède l’un des taux de suicide juvénile parmi les plus élevés du monde.

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- Comment le gouvernement sud-coréen a-t-il réagi ?

Comme souvent et comme sous d’autres latitudes, le gouvernement a multiplié… les effets d’annonces ! A plusieurs reprises, le Président a évoqué publiquement le problème.

Il a annoncé une politique de « tolérance zéro », plus de sévérité contre les jeunes bourreaux. La police de Séoul a promis qu’elle enverrait des officiers dans les écoles et qu’elle constituerait un fichier des élèves les plus violents. Et le gouvernement a décidé que désormais, les professeurs aussi seraient tenus pour responsables. La police a ainsi arrêté un professeur dont l’élève s’est suicidé en novembre. Il est accusé de n’être pas intervenu alors que les parents de la victime lui avaient demandé plusieurs fois de le faire. Cette arrestation a provoqué beaucoup de protestations du côté des syndicats de profs, qui estiment que ce n’est pas en les accusant qu’on résoudra le problème.

- Justement, quelles sont les origines de ce problème ?

C’est un sujet aussi complexe que la société sud-coréenne elle-même. Un des éléments de réponse se trouve sans doute dans l’obsession nationale pour l’éducation : les écoliers prennent des cours jusque tard dans la nuit, et rien n’est plus important dans la vie d’un petit Sud-Coréen que l’examen d’entrée à l’université. Les parents passent donc peu de temps avec leurs enfants et ce qu’ils exigent des professeurs, c’est qu’ils inculquent à leurs enfants le plus de connaissances possible. La conséquence de cette course à la performance, c’est que personne ne s’intéresse aux problèmes de socialisation des élèves… Un désintérêt parfois criminel.

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