Un reportage de Léa-Lisa Westerhoff, à Meknès, au Maroc

L’orphelinat de Rita Zniber, à Meknès, au Maroc, crie au scandale. Car depuis septembre dernier, une circulaire du ministère de la Justice appelle à refuser à toutes les personnes qui ne vivent pas au Maroc, le droit à la « kefala », l’adoption selon l’islam.

Résultat : avec 24 enfants abandonnés chaque jour, les petits s’entassent dans les orphelinats. Et en face, une centaine de familles françaises, espagnoles, ou américaines ne peuvent plus récupérer l’enfant qu’elles ont pourtant d’ores et déjà rencontré.

Inspection des lieux. Rita Zniber fait le tour de son orphelinat et de la cinquantaine de lits où elle accueille les tout nouveaux-nés. Mais depuis peu, elle n’a plus de place dans les berceaux individuels.

Rita Zniber : « C’est un lit superposé à 3 étages que l’on avait fait réaliser il y a quelques années, quand nous étions débordés par le nombre d’enfants. Nous avions des enfants sur toutes les rangées, les uns à côté des autres. Donc aujourd’hui, on recommence à utiliser ces lits parce qu’il n’y a plus de place dans les berceaux. »

Plus de place car depuis septembre, une directive du ministère de la Justice bloque les « kefalas », les adoptions selon l’islam, pour les familles qui ne vivent pas au Maroc. Résultat : au lieu de 60 nourrissons, il y en a 100. Cinquante bébés sur le point d’être confiés à des familles à l’étranger sont bloqués à l’orphelinat.

Pour ces familles c’est l’incompréhension comme l’explique Ouafa Amahouche. Assistante sociale à l’orphelinat. Elle nous montre le courrier d’un couple américain d’origine pakistanaise.

Ouafa Amahouche : « Ils expliquent leur cas, comme quoi ils avaient fait la rencontre de ce petit bébé il y a 6 mois, qu’ils ont attendu tout ce temps pour que les papiers soient prêts et qu’en tant que musulmans, ils ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas le droit d’adopter cet enfant, sachant qu’ils vont l’éduquer sur les bases de l’islam . »

Mais l’argument du gouvernement c’est justement celui-là : une fois à l’étranger, le Maroc ne pourra plus contrôler l’éducation de ces enfants, comprenez l’éducation religieuse.

Brahim Lisfer, directeur des affaires civiles du ministère de la Justice et des libertés : « La loi stipule que la kafala est autorisé pour un couple musulman. Mais dans le cas d’une kafala à l’étranger on ne peut pas être sûr que l’enfant est élevé dans un cadre correct, dans un cadre islamique. »

En clair, le gouvernement craint que ces enfants ne restent pas musulmans. Un argument difficile à accepter pour Eric et Yassamane. Ce couple français remplit toutes les conditions au Maroc -entre autres : être musulman et avoir les moyens d’élever un enfant.

Il y a 7 mois, le petit Ziad leur a été attribué, mais depuis septembre, tout est bloqué.

Yassamane : « Je me sens comme une mère qui peut perdre son enfant à chaque instant. Je ne comprends pas parce que depuis que je suis arrivée, je n’ai vu que des familles qui sont très respectables, aimantes, qui n’ont qu’un seul souci : le bien de cet enfant. »

Comme Yassamane et Eric, une centaine de couples espagnols, suisses et américains pour la plupart, attend toujours de pouvoir récupérer leur enfant. Avec eux, six associations se battent pour que chaque orphelin ait droit à une famille, sans succès pour le moment

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