Un reportage de Claire Martin, à Santiago du Chili, au Chili

Jorge: « Quand je suis venu au Chili pour la première fois pour un échange universitaire, tout le monde me disait : mais qu’est-ce que tu vas faire dans ce pays? Et bien ceux qui me disaient ça viennent maintenant s’y installer. Le Chili croit très rapidement. Il y a une forte demande de cadres. »

Jorge Alvarez est un ingénieur industriel espagnol installé depuis 2 ans au Chili, une destination devenue très populaire chez ses jeunes compatriotes qui fuient le chômage et la crise économique de leur pays.

Ces trois dernières années, la communauté espagnole au Chili a augmenté de près de 45%. Il faut dire que l’ancienne colonie semble épargnée par la crise économique et que son taux de croissance de près de 5% le place en tête des pays de l’OCDE, le club des pays riches, tout cela grâce aux prix élevés du cuivre dont le Chili est le premier producteur mondial.

Il y a encore quelques années, le Chili paraissait bien loin de l’Espagne. A 13 heures d’avion, à un océan de distance. Bref, un petit pays au bout du monde, sans grand intérêt. Aujourd’hui, l’accent espagnol est devenu courant dans les rues de Santiago et surtout dans son quartier bobo aux allures européennes : Providencia. C’est là que viennent poser leurs valises les jeunes diplômés espagnols entre 25 et 35 ans, architectes et ingénieurs pour la plupart. Ignacio Lampaya a 29 ans. Cet architecte est arrivé il y a 8 mois. Ignacio : « En Espagne, il n’y a pas de travail. Dans l’architecture, en ce moment, il n’y a rien de rien à cause de la crise de l’immobilier. Personne n’embauche. Du coup, tout le monde quitte Madrid. J’ai commencé à regarder où partir et le Chili me paraissait bien pour la langue, la sécurité, pour cette ville très européenne : Santiago. Elle ressemble beaucoup plus à l’Espagne culturellement, je crois, que beaucoup de villes d’Europe. Le climat est pareil qu’à Madrid, et en plus tu es à une heure et demie de la plage et de la montagne. Du coup, avec un autre ami espagnol, on a acheté nos billets et on est partis à l’aventure… » Une aventure pas si risquée. Le Chili est le pays le plus sûr d’Amérique latine. Sa démocratie est stable. Le billet d’avion coûte effectivement 1.000 euros et le niveau de vie sur place est assez élevé, mais le chômage y est pratiquement nul. Le secteur minier, en pleine croissance, manque de main d’œuvre et la capitale connaît un boom immobilier. Ignacio a très vite trouvé un emploi. Etre Européen l’a aussi aidé.

Mauricio Torres, sociologue : « Il suffit de parler avec un accent pour être bien vu ici. Le Chili a tendance à considérer que l’étranger européen est supérieur au Chilien. De fait, si une entreprise cherche à recruter, elle va privilégier l’étranger. Même s’il n’a pas de meilleures qualifications, le seul fait d’être étranger le place au-dessus. Il existe un racisme contre les Péruviens et les Boliviens, qu’on retrouve même dans l’humour. Mais pas contre l’Espagnol ou l’Européen en général. Dans leur pays, ils n’ont pas de travail, mais ici, ils vont tout de suite accéder au haut du panier. Dans ce sens, je dirais qu’il y a une discrimination positive. » Si les inégalités au Chili sont parmi les plus grandes du monde, les immigrés espagnols qui parviennent à trouver un emploi atterrissent directement dans la haute bourgeoisie chilienne. L’architecte Margarita Gonzalez Calvo gagne, à 29 ans, 3.200 euros : 10 fois le salaire minimum chilien, 4 fois ce qu’elle gagnerait en Espagne. Dès qu’il y a un pont, elle en profite pour voyager. Margarita Gonzalez Calvo : « Je ne vais pas manger chez ma grand-mère mais je vais visiter le Macchu-Picchu, voilà ! » Une compensation face à une famille que ces jeunes voient seulement le temps des vacances : 15 jours par an.

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