Un questions-réponses réalisé avec Gabriel Kahn, en direct de Manille, aux Philippines

Lac Laguna de Bay
Lac Laguna de Bay © IRRI Images

Aux Philippines, le Laguna de Bay est le troisième plus grand lac d'eau douce d'Asie du Sud Est.

Il y a 20 ans, on pouvait encore se baigner dans le Laguna de Bay. Mais aujourd’hui, ce lac est devenu un égout à ciel ouvert, à cause des industries et des habitants de Manille qui y déversent leurs déchets. Ce lac est donc donné pour morT dans les cinq ans à venir. Comment a-t-on laissé faire ça ?

Le triste sort du lac de Laguna de Bay est un exemple effrayant de ce que peut donner le laisser faire et la cupidité. Ce lac était réputé, dans le passé, pour ses eaux pures. Les Philippins lui prêtaient même des vertus curatives. Aujourd’hui, ses eaux sont porteuses de maladies mortelles. Il n’a fallu que 30 ans pour en arriver là.

Les responsabilités sont multiples. D’abord la surpopulation. La population des Philippines, très catholique, a dépassé l’année dernière la barre des 100 millions d’individus. 8,4 millions de riverains du lac de Laguna de Bay, pour la plupart des pêcheurs, y déversent quotidiennement leurs ordures et pas seulement, car très peu de ces foyers sont équipés de toilettes.

A la surpopulation s’ajoute la pression des entreprises. Moins d’un tiers des milliers d’entreprises et d’usines qui se sont installées au bord du lac sont équipées de systèmes d’épuration. Elles y répandent quotidiennement des produits chimiques tels que du mercure, de l'aluminium et du cyanure.

A ces deux premières causes s’ajoutent le déboisement et l’agriculture intensive. 95% des forêts qui entouraient ce lac ont été détruites pour donner place à une agriculture intensive, conçue pour fonctionner à base d’engrais chimiques. Et pour couronner le tout, la ville de Manille, près de 20 millions d’habitants, se sert de ce lac comme un tout à l’égout…

- Malgré cette pollution massive, on continue d’élever du poisson dans ce lac de Laguna de Bay ?

Effectivement. Et c’est un spectacle surprenant. Imaginez un lac recouvert de détritus où s’étendent à perte de vue des cages d’élevage de poissons. Ce lac est la première réserve de poissons d’eau douce, tels que les tilapias et les carpes pour les habitants de Manille. Ils sont vendus sur les marchés de la capitale. Mais de plus en plus souvent, ils meurent en masse dans les cages d’élevage. Une mortalité subite due au manque d’oxygène. Car les fertilisants chimiques utilisé par les agriculteurs riverains ont entrainé une prolifération d’algues qui sont des trappes à oxygène.

-Est-ce que le gouvernement philippin fait quelque chose pour tenter de sauver ce lac?

Plusieurs initiatives ont été prises, mais on peu douter de leur efficacité. L’Etat a créé un organisme chargé du « développement » du lac. Remarquez l’ambiguïté du terme. On ne parle pas de « protection » mais bien de « développement ». De fait, cet organisme est en charge des permis de pêche et il les distribue comme des petits pains.

La seconde initiative, tout aussi malheureuse, consiste à taxer les entreprises et les commerces qui déversent leurs ordures dans le Laguna de Bay. En d’autres termes, il suffit de payer pour pouvoir y jeter tout ce que l’on veut. En l’absence de prise de conscience politique, la mort du lac Laguna de Bay n’est donc pas seulement prévisible, elle est quasi certaine.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.