Mohamed Zaman Khan :__ « Vous voyez ces drogués qui sont sous méthadone aller maintenant à la mosquée, faire leurs prières, etc. C’est exactement ce que nous voulions : car pour sortir de la drogue, vous avez en fait besoin de discipline. Et je pense que la prière est l’une des meilleures disciplines pour aider à se contrôler »

Mosquée en Malaisie
Mosquée en Malaisie © Cmic Blog

Mohamed Zaman Khan est le président du Conseil pour le SIDA de Malaisie.

Il soutient une initiative originale, unique au monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé : une cure de désintoxication à la méthadone dispensée au sein d’une mosquée de Kuala Lumpur !

Une expérience d’autant plus étonnante dans ce pays musulman, qu'il punit le trafic de drogue par la peine de mort, et sa consommation par des peines d’emprisonnement voire de flagellation.

A la mosquée Ar-Rahman de Kuala Lumpur, Razak est un fidèle spécial : accro à l’héroïne pendant 20 ans, il se rend maintenant deux fois par semaine au centre de soins du lieu de culte, située au dessus même de la salle de prières, pour y recevoir son traitement à la méthadone. Ici, on lui donne des doses du substitut pour tenir trois jours de suite sans ressentir les effets du manque. Tout est financé par le gouvernement, mais à la différence de la cure de désintoxication publique, les patients de la mosquée suivent aussi un programme léger de prière, les trois premiers mois de leur traitement. Une spécificité qui plaît à Razak.

Razak : « Je ne me sens pas comme à l’hôpital. Parce qu’ici, on se repose, on peut prier d’abord, on prend conscience de ses progrès. On a vraiment l’impression de se racheter »

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Comme Razak, une cinquantaine de patients bénéficient de ce dispositif. La méthadone leur permet de reprendre une vie plus normale, un travail, tout en maîtrisant leur dépendance. A l’origine du projet, des médecins universitaires du centre des addictions. Car si elles ont été lancées en 2005, les cures à la méthadone ont eu du mal à être déployées dans les cliniques du pays. Ces médecins espèrent utiliser les mosquées comme plateformes.

Dr Rusdi Abdul Rashid, le coordinateur du programme : « Ca a été vraiment difficile pour nous de convaincre les autorités islamiques lorsque nous avons voulu lancer le programme à la mosquée. Elles pensaient que la méthadone, c’était juste une autre drogue, une drogue de substitution, ce qui je pense porte à confusion. Parce qu’en fait, la méthadone, c’est un médicament, un médicament qui soigne de la dépendance aux drogues »

Et force est de constater que ce programme, baptisé « intervention spirituelle combinée », donne de meilleurs résultats que les cures à la méthadone dispensées dans les hôpitaux : seuls 10% des patients de la mosquée replongent après un an de traitement, contre 15 à 20% dans les programmes classiques. Or ce taux de succès a son importance, car en Malaisie, c’est parmi les drogués que 2/3 des nouveaux cas de VIH se déclaraient avant l’accès aux cures à la méthadone. Pour les 170.000 usagers de drogues par voie intraveineuse, l’introduction du substitut a eu un impact immédiat. Mohammed Zaman Khan, président du conseil national pour le SIDA.

Mohammed Zaman Khan : « Depuis l’introduction des traitements à la méthadone, le taux d’infections a baissé de manière significative, il n’est plus que 50%. Donc c’est un bon programme»

Les résultats de ce programme pilote sont tels que quatre autres mosquées pourraient prendre le pas de celle d’Ar-Rahman d’ici la fin de l’année, ainsi que deux temples hindous.

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