Un reportage de Florence La Bruyère, à Budapest, en Hongrie

Rita Pellényi, professeure dans le secondaire : « Il faut enregistrer tout le monde. Il faut savoir de tout le monde où il est, ce qu’il est, où il appartient, et tout ça… Donc je crois que c’est totalement atroce . »

Budapest
Budapest © GNU Lepeltier.ludovic

Rita Pellényi, professeure dans un lycée d’état de Budapest, en Hongrie, pense donc le plus grand mal de la réforme de l’Education nationale.

Jusqu’au mois de janvier dernier, les écoles et les lycées étaient gérés au niveau local et chaque municipalité nommait les directeurs d’établissement et avait une grande liberté en matière de programme scolaire.

Mais en plein milieu d’année scolaire, le système a complètement changé : tout est désormais géré par l’Etat. Une centralisation qui s’installe dans le chaos le plus total.

Nous sommes dans la banlieue de Budapest, dans un lycée qui accueille 600 élèves. Rita Pellényi est hongroise, elle est professeur d’anglais.

Depuis janvier dernier, les professeurs ne reçoivent plus de prime de transport ni de coupons repas. Résultat : une baisse de 10 % de leurs revenus. C’est beaucoup pour un enseignant qui ne gagne que 500 euros nets par mois, mais ce n’est pas la seule conséquence de la réforme. Aujourd’hui, pour acheter le moindre crayon, il faut demander l’autorisation à un nouvel organisme administratif. Le directeur et les professeurs passent beaucoup de temps à remplir des formulaires.

Rita Pellényi : « Si on veut commander des livres, par exemple, ou si on veut commander un minibus, alors il faut remplir des feuilles, beaucoup de feuilles, et il faut les envoyer au Centre, et le Centre les envoie à un différent centre… »

Pour commander de nouveaux stylos, il faut attendre l’autorisation du Centre Administratif. Pour échapper à la bureaucratie, Rita et ses collègues ont trouvé une astuce qui prolonge la vie des stylos.

Rita Pellényi : « Si on les met dans l’alcool, alors ça gagne encore de la couleur ! Alors on peut faire des économies avec des stylos comme ça. »

Rozsa Hoffmann est secrétaire d’Etat à l’Education nationale. Cette nouvelle centralisation, elle la juge nécessaire : il faut que les écoles fonctionnent de la même manière, avec le même programme, pour favoriser l’égalité des chances.

Rozsa Hoffmann : «Les différences parmi les enfants, parmi les résultats, sont devenus si énormes, qu’il a fallu changer le système. Et c’est pour cela que l’Etat a pris la gestion. Il va contrôler, aussi. Le système de contrôle n’existait pas jusqu’ici . »

Agnès Ungar est directrice d’une école primaire unique à Budapest : l’école Meixner. Les enfants qui ont des difficultés de langage sont intégrés avec les autres écoliers. Mais cette école associative ne peut fonctionner sans l’aide financière de l’Etat. Depuis janvier, c’est le chaos. Une partie de l’argent public n’a pas été versée. D’autres subventions ont carrément été supprimées. Pour sa directrice, l’école est menacée.

Agi Ungar, directrice d’école primaire : « Ce que je trouve bien, c’est le contenu pédagogique de la loi. Mais on a un trou de 8 millions de forints ! Comme je ne peux plus payer les charges sociales, on risque de nous retirer notre autorisation de fonctionnement. »

Les parents et les professeurs n’ont pas été consultés sur la réforme. Beaucoup s’inquiètent de ce retour à un système centralisé, comme sous le communisme.

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