Un reportage de Nicolas Ropert, correspondant de RFI en Afghanistan

Sayed Fazlullah Wahidi, le gouverneur de la province de la Kunar : « Par exemple, un journaliste américain a écrit que notre vallée était la vallée de la mort. Mais après leur départ, cette vallée redeviendra la vallée de la vie. »

retrait de l'armée française de la région afghane de surobi
retrait de l'armée française de la région afghane de surobi © reuters

Sayed Fazlullah Wahidi, le gouverneur de la province de la Kunar, dans l'Est de l'Afghanistan, ne mâche pas ses mots. Il demande très clairement au départ des troupes américaines. Car dans cette région frontalière avec le Pakistan, où les forces américaines sont en première ligne face à une insurrection toujours plus forte, les civils ne sont pas épargnés. Le mois dernier, un raid américain a tué 10 civils et la colère contre ces troupes grandit dans le pays.

Nous sommes à l'hôpital d'Asadabad, la capitale de la Kunar. Allongé sur un lit un adolescent. Razi a été blessé durant la récente bavure américaine.

« Que s'est-il passé ? », demande le médecin en chef. Il a été touché par l'explosion, c'est ce qu'assure le chirurgien qui l'a opéré. Razi raconte qu'il a été blessé alors qu'il dormait. Il a encore mal, mais le médecin le rassure sur son état : il va en s'améliorant. D'ici deux jours, il pourrait être de nouveau sur pied.

C'est son cousin qui le veille depuis 6 jours. Habillé d'un chawar-kamiz et d'un pakol, l'habit traditionnel afghan, il a dû attendre la fin des combats pour emmener Razi à l'hôpital. Il raconte.

Le cousin afghan : « Nous avons pris notre voiture pour l'emmener ici : l'ambulance ne pouvais pas venir. Mon cousin était gravement blessé. L'opération américaine a été menée pendant la nuit, mais nous avons dû attendre la matinée pour pouvoir le transporter. Maintenant, j'espère que ça ira et qu'on pourra rentrer au village. »

Ce bombardement a fait réagir jusqu'au président afghan. Hamid Karzai a dénoncé ces « étrangers qui tuent des innocents », même si, dans cette histoire, le raid aurait été demandé par les services secrets afghans. En Afghanistan, de plus en plus de voix se font entendre pour réclamer le départ des troupes étrangères. C'est le cas du gouverneur de la province de la Kunar.

Sayed Fazlullah Wahidi, le gouverneur de la province de la Kunar :« Je serai très heureux quand toutes les troupes américaines partiront. Parce que le peuple d'Afghanistan n'aime pas les troupes étrangères. Toutes les troupes étrangères. C'est pour cela que les Afghans soutiennent l'armée nationale afghane. 2014, c'est juste une date mise en avant par ceux qui veulent effrayer les Afghans. Ce que l'on sait, c'est que l'Afghanistan n'a pas toujours été dirigé par les étrangers. Nous sommes confiants pour le futur et les Afghans ne sont pas inquiets. »

Mais le départ des étrangers n'est pas forcément une bonne nouvelle pour l'aide accordée par la communauté internationale. Assadullah Falzy est le représentant local du ministère de la Santé. Il craint pour le nombre de centres de santé financés dans la région.

Assadullah Falzy : « Dans le futur, il y en aura moins. Le gouvernement afghan, avec son seul budget, n'aura pas les moyens de financer autant qu'avant. C'est pour cela que nous espérons que les pays étrangers vont continuer à nous soutenir . »

Onze ans maintenant après le début de l'opération militaire étrangère dans le pays, les afghans réclament une réelle souveraineté pour l'Afghanistan. Mais ils espèrent dans le même temps que la communauté internationale ne les abonnera pas.

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