Un reportage d'Eric Samson, à Lima, au Pérou

Président Ollanta Humala : « La dictature d’Alberto Fujimori a stérilisé plus de 300.000 femmes contre leur volonté, a violé leur corps et leur droit d’être mères. Ce crime ne restera pas impuni ! »

Femmes Pérou
Femmes Pérou © Radio France / jean-pierre jeannin

Ce sont les mots duprésidentpéruvien Ollanta Humala, durant un meeting à Cusco, quelques jours avant son élection, en juin dernier. Face à ses partisans en grande partie indigènes, il promettait alors de relancer l’enquête sur des milliers de cas de stérilisations forcées à la fin des années 90, sous le régime d’Alberto Fujimori.

Depuis, cette promesse a été tenue : le procureur général de l’Etat péruvien a repris l’enquête sur ce scandale.

Septembre 1995: Valencia Monroe accouche de son neuvième enfant à la maternité de Lima. Elle a 40 ans. Les docteurs proposent de lui retirer une hernie et essaient de la convaincre de signer un formulaire d’acceptation pour se faire ligaturer les trompes. Elle refuse.

Valencia Monroe : « Au bout de 2-3 jours, ils m’ont amené en salle d’opérations pour ma hernie. Ils m’ont vite anesthésiée, mais avant de m’endormir, j’ai entendu le docteur dire qu’il ne fallait pas couper là mais plus haut. Lorsque je me suis réveillée, je me suis rendue compte que j’avais été stérilisée car la femme des relations publiques de la maternité de Lima m’a expliqué qu’on m’avait ligaturé les trompes. J’ai dit que je n’avais rien autorisé, mais elle m’a répondu que j’avais déjà trop d’enfants. J’ai menacé de faire un procès »

Le procès ne donnera rien. Pourtant, Valencia a toujours le formulaire qu’elle n’a jamais signé. Au Pérou, sur des milliers de plaintes, une seule femme a pu faire condamner le docteur qui l’a stérilisée, Victoria Vigo.

Victoria Vigo : «Il y a eu une urgence médicale. Mon enfant allait naître prématuré. Je suis allée à l’hôpital, mais mon bébé est mort au bout de 18 heures et je suis tombée en dépression. Le lendemain quand le docteur m’a vu, il a essayé de me remonter le moral, de me dire que j’étais jeune, que je pouvais encore avoir des enfants… Et là, un interne lui a fait un signe et a dit: ‘non ce n’est plus possible, elle a été stérilisée’ »

C’est au nom de la lutte contre la pauvreté que le président Fujimori lance, en 1995, un grand programme de planification familiale. Problème : ce programme ne contemple pratiquement que les stérilisations chirurgicales définitives. Le corps médical tout entier doit respecter des quotas de stérilisations. Les opérations sont censées être volontaires, mais de nombreuses femmes quechua affirment avoir été trompées.

Une femme quechua: « Je croyais qu’ils allaient me nettoyer après l’accouchement. Ils ne m’ont pas expliqueé ce qu’ils allaient faire. Moi je ne voulais pas être stérilisée ou qu’on m’ouvre le ventre »

Pour les organismes féministes et de défense des Droits de l’Homme, les coupables sont tous trouvés: l’ex président Fujimori et ses ministres de la Santé, dont Alejandro Aguinaga.

Alejandro Aguinaga, ex ministre de la Santé : « Il y a eu des cas isolés pour lesquels effectivement, on n’a pas trouvé les papiers d’autorisation. Mais il y a des procédures pour les politiques de planification familiale et dans la plupart des cas, ces procédures ont été suivies »

Une justification refusée par le Défenseur du Peuple et Rossy Luz Salazar, avocate de l’ONG féministe DEMUS.

Rossy Luz Salazar: « On parle de stérilisations forcées car des femmes qui ne voulaient pas être ligaturées l’ont été. Les docteurs ont dit à certaines d’entre elles que l’opération était réversible et beaucoup ont été menacées de perdre des avantages sociaux et même d’aller en prison si elles refusaient d’être stérilisées »

Alors que la justice péruvienne a archivé toutes les plaintes, la reprise de l’enquête est le dernier espoir de milliers de femmes péruviennes stérilisées contre leur volonté.

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