Un reportage de Frédéric Ojardias à Séoul, en Corée du Sud

Une habitante de Séoul :

Samsung, c’est la meilleure entreprise de notre pays. Mais cela me dérange que le prochain PDG ne soit pas choisi en raison de ses capacités, mais parce qu’il est né dans la bonne famille

La Corée du Sud est un pays surnommé par les Coréens eux-mêmes : « la République Samsung ». Car cette entreprise familiale, devenue en quelques décennies le plus grand groupe d’électronique de la planète, est omniprésente en Corée du Sud, avec des filiales dans la construction civile, l’armement, le médical, le nucléaire, l’hôtellerie, ou encore les bateaux.

Samsung présente sa nouvelle tablette GAlaxt Tab 2 10.1
Samsung présente sa nouvelle tablette GAlaxt Tab 2 10.1 © DPA/MAXPPP

Le patron de l’empire Samsung, âgé de 71 ans, se prépare à assurer sa succession et doit choisir son héritier parmi ses trois enfants. Une transition dynastique à haut risques.

En Corée du Sud, Samsung est partout. Un Coréen peut très bien vivre dans un immeuble Samsung, quand il est malade se rendre dans un hôpital Samsung –où il sera couvert par une assurance Samsung-, partir en vacances dans un hôtel du groupe, faire du shopping dans l’un de ses magasins, et même s’amuser dans son parc d’attraction !

Le conglomérat possède ainsi un poids économique colossal, que certains trouvent excessif, comme Cheong-hee, étudiant :

Samsung, c'est une entreprise qui gagne énormément d’argent. Elle est indispensable à l’économie de la Corée du Sud. Mais elle m’inquiète aussi parce qu'elle est trop puissante, et que personne ne peut la contrôler.

Exemple de cette puissance : son patron, Lee Kun-hee, a été condamné il y a quelques années pour une fraude fiscale massive – alors qu’il cherchait à transmettre une partie de ses actions à son fils sans payer d’impôts. Mais il a été rapidement gracié par le président de l’époque. Une amnistie spéciale, justifiée officiellement par l’importance de Samsung pour l’économie sud-coréenne.

Aujourd’hui, le processus de succession à la tête du groupe continue de soulever des critiques. Par exemple Ji-yeon, 21 ans :

Ca ne me plait pas trop. Il y a sans doute des gens dans l'entreprise qui ont du talent et qui pourraient la diriger! Vouloir transmettre cette responsabilité à un membre de la famille, ce n’est pas bien.

Le patron de Samsung a trois enfants. Le fils, Lee Jae-yeon, 45 ans, est considéré comme probable successeur, mais il n’a pas réellement fait ses preuves, au contraire de ses deux sœurs, qui dirigent avec succès diverses filiales du groupe. Des luttes familiales sont donc possibles.

Or, le chiffre d’affaire de Samsung est l’équivalent d’un cinquième du PIB de la Corée du Sud et la possibilité d’un éclatement du groupe inquiète beaucoup Kim Sang-jo, économiste, et président de l’ONG Solidaritépour une réforme économique :

Hyundai, qui est le concurrent de Samsung, offre un bon exemple de ce qui pourrait arriver si la succession se passait mal : à la mort du fondateur, des conflits très forts ont éclaté entre les héritiers. Et c'est ça, la cause principale de la crise qu'a connu Hyundai et qui l'a quasiment conduit à la faillite!

Bien sûr, cela ne devrait pas se produire chez Samsung. Mais si jamais la succession se passe mal, cela menacera les affaires du groupe et, par ricochet, toute la stabilité de l’économie sud-coréene.

En attendant, le conglomérat est plus florissant que jamais. Lors du troisième trimestre, le chiffre d’affaire de sa seule filiale électronique a battu un nouveau record : plus de 41 milliards d’euros.

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