Reportage de Reza Nourmamode, correspondant RFI à La Paz, Bolivie

Adriana, jeune Bolivienne membre du collectif« Aujourd’hui, ça peut m’arriver à moi » :

C'est le moment ou jamais de lutter contre ce phénomène qui pourrait empirer. D'ici à peu, l'insécurité pourrait se généraliser et nous ne voulons pas de ça.

Bolivie, 2005
Bolivie, 2005 © DR Raymond Depardon

En Bolivie, la société civile se mobilise pour faire face à un inquiétant phénomène : celui de l’augmentation du nombre de personnes disparues. Des disparitions liées en partie au trafic d’êtres humains et aux réseaux de prostitution, et qui touchent principalement les jeunes adolescentes.

D’après la police bolivienne, les cas de traite et trafic de personnes ont augmenté de 40% entre 2011 et 2013.

La population, démunie, tente de compenser l’inefficacité des autorités.

Collés sur les murs, accrochés aux troncs d’arbres et désormais postés sur facebook et autres réseaux sociaux : les avis de recherche se sont multipliés en Bolivie.

Sur les six premiers mois de l’année, déjà 375 personnes ont été portées disparues, dans un pays qui compte à peine 10 millions d’habitants.

Marina recherche sa fille :

Ma fille a seize ans, elle a disparu il y a un mois et demi, je n’ai aucune nouvelle. Et depuis un mois et demi, la police ne fait absolument rien. Ceux qui ont de l’argent retrouvent leurs proches rapidement, ceux qui sont pauvres ne peuvent rien faire. Il n’y a pas de justice pour les pauvres.

Un cas parmi d’autres a fait récemment la une des médias et fait naître un mouvement de ras-le-bol dans la population.

Pamela, âgée d’une vingtaine d’années, aurait été kidnappée en plein jour dans un taxi pour être retrouvée trois jours plus tard en état de choc au bord d’une route. La mobilisation de la famille sur les réseaux sociaux a été immédiatement suivie par des milliers d’internautes.

Suite à cette affaire, un collectif s’est formé, qui se nomme « aujourd’hui, ça peut m’arriver à moi ». L’une des membres, Adriana.

Adriana :

C'est un phénomène qui a pris de l'ampleur petit à petit. Aujourd'hui, on a peur de sortir en ville, car il peut nous arriver n'importe quoi. Moi, personnellement, j'ai peur de sortir et de ne pas revenir chez moi. C'est pour ça que c'est le moment ou jamais de lutter contre ce phénomène qui pourrait empirer. D'ici à peu, l'insécurité pourrait se généraliser et nous ne voulons pas de ça.

Quelques jours après la réapparition de Pamela, environ 200 personnes ont manifesté à La Paz, pour sensibiliser la population et demander des mesures au gouvernement, qui peine à lutter contre le phénomène.

Très lucratif, le trafic d’êtres humains génère selon les sources entre 9 et 32 milliards d’euros par an sur la planète, juste derrière le trafic d’armes et celui de drogue.

Le major Walter Sossa, de la police bolivienne :

La traite des personnes est liée à des réseaux et des organisations criminelles très grandes, très puissantes et au grand pouvoir économique. Ils ont des tentacules gigantesques et la police ne possède pas les moyens suffisants pour combattre efficacement ce crime.

Une loi contre le trafic d’êtres humains a été adoptée en 2012. Mais les résultats se font attendre : moins d’une procédure judiciaire sur dix, dans ce domaine, se termine par une condamnation.

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