Reportage à Kaboul, en Afghanistan, de Nicolas Ropert

Soosan Firooz :« Ce que je fais c'est pas commun mais je suis fière de ça. Je le dois en partie à ma famille qui me laisse cette liberté. Donc je me sens différente mais je préfèrerais ne pas l'être.»

Soosan Firooz est considérée comme la première rappeuse afghane, la jeune femme de 23 ans était en concert à Kaboul il y a quelques semaines. Un événement rare même si ce n'est pas la première fois que la rappeuse se produit dans la capitale afghane.

Régulièrement menacée, Soosan Firooz raconte dans ses textes ses difficultés.

Léger maquillage sur les yeux, une casquette pour cacher ses cheveux, Soosan Firooz, joue habillement avec la marge de liberté offerte en Afghanistan. Depuis plusieurs mois, on parle de plus en plus de la première rappeuse afghane. La presse locale et internationale suit le parcours de ce phénomène. Rappeuse dans un pays où voir une femme travailler n'est pas accepté par toute la population. Soosan veut voir évoluer la société.

Soosan Firooz : « Je ne vais pas transformer la société afghane. Mais il faut que les femmes aient des droits dans ce pays. Nous pouvons par exemple nous déplacer seules. Cela ne devrait pas être un problème. Au début, ma famille ne voulait pas que je donne des interviews mais je leur ai fait comprendre que c'est important pour moi. Donc j'espère montrer que les femmes peuvent avoir des droits.»

Une force de caractère que la jeune femme tient de son parcours. Née en Afghanistan, elle a été réfugiée au Pakistan puis en Iran pendant les années de guerre. De retour en 2003, elle raconte dans ses textes l'exil ou encore cette société qu'elle trouve trop conservatrice.

Guilda Chaverdi est la directrice adjointe de l'Institut Français d'Afghanistan qui a accueilli le concert. Elle espère que la rappeuse sera rejointe par d'autres jeunes femmes.

Guilda Chaverdi : « Soosan Firooz elle représente par son audace un modèle pour d’autres jeunes femmes. Ca part d’une demande aussi de la population afghane. Ils besoin de ça, la jeunesse a besoin de s’exprimer et a besoin d’être portée par d’autres jeunes. Et elle mène cet élan comme ça. Un des objectifs de l’Institut Français d’Afghanistan, c’est aussi d’encourager les jeunes talents ».

Mais l'exposition de Soosan Firooz n'est pas sans conséquence. La rappeuse raconte avoir été plusieurs fois menacée.

Soosan Firooz: « Quand on a commencé à parler de moi à la télévision, j'ai reçu des coups de téléphone d'Iran pour m'insulter et me menacer. Mais ici aussi, on essaie parfois de m'intimider. On dit que je chante uniquement parce que je veux partir à l'étranger. Mais je suis revenue en Afghanistan parce que c'est mon pays, je n'ai pas envie de repartir. Donc oui, c'est dangereux. »

Régulièrement des actrices ou des artistes afghanes sont attaquées à l'acide ou tuées. Soosan Firooz espère que sa notoriété naissante la sauvera.

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