Un reportage de Nabila El Hadad, correspondante à Rabat, Maroc

Professeur Chafik Chraibi, président de l'association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin :

La loi est trop stricte, elle est trop restrictive et comme on dit trop de loi tue la loi. Alors étant donné qu'elle est trop restrictive et que les gens de toute manière quand ils veulent se faire avorter vont aller se faire avorter, donc ils vont le faire de façon clandestine.

Nous sommes au Maroc où le débat sur l'avortement est relancé depuis quelques jours. L'homme qu'on vient d'entendre, c'est le professeur Chafik Chraibi, chef de service d'une maternité à Rabat, jusqu'à son limogeage, en janvier. En cause, son témoignage dans un reportage sur les avortements clandestins, un sujet tabou au Maroc. Depuis, la polémique sur les avortements illégaux a enflé. Reportage à Rabat de Nabila El Hadad.

Cette loi sur l'avortement est l'une des plus sévères d'Afrique. Ici, au Maroc, seules les femmes dont la santé physique est en danger ont le droit d'avorter. Pour beaucoup d'autres, c'est l'avortement illégal. Le professeur Chafik Chraibi, président de l'association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin.

Professeur Chafik Chraibi, président de l'association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin :

Il y a celle qui est très riche et à ce moment-là, elle peut prendre l'avion et avorter en Espagne ou en France, en Belgique ou ailleurs. Il y a celles de la classe moyenne et c'est l'extrême majorité, elles vont chez un médecin faire cet avortement qui leur coûterait quand même entre 200 et 1000 euros. Et il y a celles qui n'ont pas cette possibilité financière et à ce moment-là elles vont avoir recours à un avortement clandestin, traditionnel, pas cher certes mais qui engendre d'énormes complications.

Ces complications, ce sont des hémorragies, des infections, des intoxications. Entre 600 à 800 femmes avortent, par jour, comme elles dans l'illégalité. Et puis il y a celles qui ne parviennent pas à mettre fin à leur grossesse.

Professeur Chafik Chraibi, président de l'association marocaine de lutte contre l'avortement clandestin :

Comme conséquence et celle-ci est encore plus dramatique, c'est celles qui finalement finissent par garder leur grossesse et qui accouchent. Soit elles tuent leur enfant, soit elles l'abandonnent dans la rue, soit elles le jettent et ça c'est encore plus grave.__

Ces femmes abandonnent leur enfant à la naissance, ou le gardent, mais fuient leur foyer, pour préserver l'honneur de leur famille. Ces femmes, ce sont aussi des femmes violées, victimes d'inceste ou de malformations du fœtus. La priorité dans ce débat est donc d'élargir la loi à ces situations dramatiques. Mais pourtant, il faudra encore convaincre, dit Nouzha Skalli, ancienne ministre de la famille et de la santé :

Nouzha Skalli, ancienne ministre de la famille et de la santé :

Ce qu'il reste encore à faire c'est à convaincre parce que jusqu'à présent le débat est ouvert d'une façon civilisée si on veut mais il y a encore des personnes qui se campent sur la position idéologique, disons hermétique à toute idée de changement par rapport à la réalité sociale.__

Ces personnes, ce sont les conservateurs dans un pays à forte majorité musulmane où la loi sur l'avortement ne peut être dissociée du religieux. Une proposition de réforme de la loi devrait voir le jour courant 2015, à la demande du roi Mohamed VI. Reste à savoir quel degré de liberté sera donné aux Marocaines.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.