Un questions-réponses réalisé avec Régis Genté, à Astana, au Kazakhstan

Kazakhstan
Kazakhstan © sssteve.o

Le Kazakhstan, entre la Russie et l’Asie centrale, fêtera demain les 20 ans de son indépendance officielle. Il a été l’un des derniers de l’Union des républiques socialistes soviétiques à acquérir son indépendance, dans les années 90. Pour quelle raison ?

Parce que le Kazakhstan, comme les autres républiques d’Asie centrale, n’avait pas très envie de devenir indépendant, contrairement à ce que les festivités de demain laisseront entendre. Aujourd’hui, tout le discours idéologique kazakh tend à expliquer que depuis la nuit des temps, le Kazakhstan a lutté pour sa souveraineté. Mais ce n’est pas exact.

Ce n’est pas forcément que l’on adorait l’URSS ; le Kazakhstan a connu des tragédies sous les Soviets, notamment lors de la sédentarisation de ces nomades que sont les Kazakhs. Un million de personnes seraient alors mortes de faim, dans les années 1930.

Mais parce que l’Etat kazakh est très jeune -il n’a jamais existé en tant que tel avant 1936- on pensait que rester dans l’URSS était une bonne solution.

Le 17 mars 1991, à l’occasion d’un référendum, 94% des Kazakstanais se prononçaient pour le maintien du pays dans une URSS rénovée. Personne, à commencer par celui qui préside encore aujourd’hui le Kazakhstan, l’autoritaire président Noursoultan Nazarbaïev, ne se battait alors bec et ongle pour l’indépendance.

Celle-ci a donc été prise à contrecœur, une fois l’URSS dissolue, par les présidents slaves de l’URSS.

- Et pourtant, les échos qui nous viennent du Kazakhstan tendent plutôt vers le nationalisme.

Absolument. Cela va de paire. Avant que l’homo sovieticus ne soit réalisé, les bolcheviques ont estimé qu’il fallait composer avec les nations. Et ce sont donc Lénine et Staline, qui ont encouragé la « fabrication des nations », pour reprendre l’expression du spécialiste de la région qu’est Olivier Roy.

Il y avait donc un fort nationalisme soviétique, qui a servi de cadre idéologique pour ces nouveaux Etats indépendants issus de l’URSS. Et aujourd’hui, le nationalisme ethnique est ce qui guide la politique interne de ces Etats d’Asie centrale, avec toutes les manifestations folkloriques, symboliques, que cela occasionne.

- Et pourtant le Président Nazarbaïev semble accueillir positivement la proposition de Vladimir Poutine, au mois d’octobre, de créer une « Union eurasienne », qui ressemble fort à une nouvelle URSS ?

Il y a de cela, en effet. Il n’est plus question d’abandonner son indépendance, mais le Président kazakh a estimé que cette « Union eurasienne » est une « nouvelle structure importante d'intégration ».

Nous sommes loin des réactions ironiques que cela a suscité dans les pays baltes ou en Géorgie.

D’ailleurs, la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan ont déjà constitué une alliance économique, supprimant les droits de douane pour leurs échanges commerciaux mutuels.

__

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.