Un reportage de Mouhssine Ennaimi, dans la bande de Gaza

Medhat Abbas, directeur de l'hôpital Shifa :_ «_ Malheureusement, l e conflit politique interne a un impact négatif et menace la vie de nos patients. De plus, le blocus israélien rajoute des complications à la situation sur le terrain »

Patient à l'hôpital de Shifa, à Gaza
Patient à l'hôpital de Shifa, à Gaza © rafahkid

Medha t Abbas est le directeur de l’hôpital Shifa de Gaza. Il constate à quel point la fracture politique entre le Fatah et le Hamas a des conséquences tragiques sur la population des territoires palestiniens. Les services publics fonctionnent en pointillés, comme dans les hôpitaux, où l'approvisionnement des médicaments de Ramallah à Gaza est sans cesse menacé

Nous sommes à l'Hopital Shiffa, à Gaza. Dans le service des maladies rénales, tous les lits sont occupés. Les patients viennent ici plusieurs fois par semaine pour leur dialyse. Cet homme, âgé de 68 ans, est inquiet : il y a quelques jours, le service était à court de filtres et de médicaments vitaux pour son traitement.

Patient âgé :« Je viens à l'hôpital 3 fois par semaine pour me brancher à cette machine qui purifie mon sang. Ce processus nécessite des filtres. Or jusqu'à il y a quelques jours, il n'y en avait plus un seul ! Et c'est pareil pour d'autres médicaments indispensables quand on souffre comme moi de maladie rénale. C'est inadmissible car c'est notre vie qui est en jeu ! »

Le centre hospitalier de Shifa est le plus grand et le plus important de la Bande de Gaza avec 2.200 patients traités par jour. Son directeur est en colère contre le blocus illégal des Israéliens qui empêche l'arrivée de nouvelles machines (ou des pièces nécessaires à la maintenance des équipements). Mais le Docteur Medhat Abbas est aussi très remonté contre Ramallah, le siège de l'Autorité Palestinienne.

Docteur Medhat Abbas : « Certains médicaments ne nous parviennent plus de Ramallah et cela met en danger la vie des patients ! En Cisjordanie ils ont pourtant les remèdes qui pourraient soigner nos malades mais ils ne les envoient pas! C'est ce qui s'est passé ces derniers temps. Nous avons l'impression de subir un chantage parce que nous traitons des patients de Gaza.

A chaque fois que nous recevons des produits, d'autres manquent déjà. Il nous manque près de la moitié des médicaments nécessaires pour soigner les personnes souffrantes dans la bande de Gaza »

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A la Centrale du médicament, une poignée de médecins et d'infirmières comptent et vérifient le contenu des quelques cartons qui viennent tout juste d'arriver. Fioles, seringues, et autre remèdes sont soigneusement rangés dans le hangar, où la plupart des rayons sont déserts. Même chose dans la chambre froide. Le directeur, Zacharia Abu Gamar, ouvre un grand frigo, censé héberger les stocks.

Zacharia Abu Gamar : « Voici le frigo que nous utilisons pour les stocks. Comme vous le voyez il est complètement vide ! Il nous manque plusieurs médicaments contre le cancer. Nous envoyons des lettres chaque mois à Ramallah pour leur dire de quoi nous avons besoin, mais jusqu'à présent nous n'avons toujours pas reçu de réponse »

En attendant une supposée cicatrisation des différends politiques entre le Fatah et le Hamas -censée arriver prochainement si l'on en croit les dirigeants palestiniens-, ce sont les ONG médicales et l'ONU qui font pression afin que les patients gazaouis puissent bénéficier de soins vitaux.

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